Les comptes sur les réseaux sociaux perdurent indéfiniment, contrairement à leurs utilisateurs. Une étude de l'Université d'Oxford met en lumière cette réalité à travers des chiffres éloquents et une perspective humaniste essentielle.
La première partie de cette recherche, menée par l'Oxford Internet Institute, s'appuie sur deux observations clés : les comptes Facebook persistent quasi éternellement et peuvent être préservés ; par ailleurs, les tendances démographiques de mortalité sont intégrées. Résultat : un rapport intitulé Les morts prennent-ils le contrôle de Facebook ? conclut par l'affirmative.
Facebook représente un trésor pour les sociologues, psychologues du comportement, scientifiques culturels et historiens.
Dans 50 ans, les comptes d'utilisateurs décédés surpasseront ceux des vivants sur Facebook. En 2079, ces « comptes des défunts » atteindront 1 milliard, pour quintupler à 4,6 milliards d'ici la fin du siècle. Ces projections, spectaculaires, reposent sur la continuité des tendances actuelles d'utilisateurs et de croissance de la plateforme.
La seconde partie de l'étude explore le potentiel scientifique de ces « récits des défunts ». Carl Öhman, directeur de recherche, déclare dans The Times : « C'est un exemple classique d'un tout supérieur à la somme de ses parties. Chaque compte est lié à un individu, mais ensemble, ils forment un nouveau type de patrimoine : un patrimoine numérique. »
Ce patrimoine constitue un trésor pour les sociologues, psychologues comportementaux, spécialistes des sciences culturelles et historiens. Le co-auteur David Watson ajoute : « Pour Facebook, c'est un défi : les annonceurs n'ont aucun intérêt pour des consommateurs décédés. Mais pour l'historiographie, c'est vital. Jamais les scientifiques n'ont eu accès à une archive aussi vaste du comportement et de la culture humaine. Qui contrôle ces archives contrôle, en quelque sorte, notre histoire. »
Cela pose la question cruciale : qui en aura la garde ? Watson insiste : « Il est essentiel que l'accès à ces données ne soit pas monopolisé par une entreprise à but lucratif. Les générations futures doivent pouvoir exploiter notre patrimoine numérique pour comprendre leur histoire. »
Qui relèvera ce défi ? Mark Zuckerberg aura 85 ans dans 50 ans...