Une nouvelle usine pilote et un centre de formation à Gand propulsent l'économie basée sur la bio.

Lorsque le pétrole s'épuisera, il faudra se tourner vers des ressources renouvelables comme les copeaux de bois, la paille ou les betteraves pour produire carburants, plastiques et produits chimiques. L'usine pilote Bio Base Europe et son centre de formation à Gand rapprochent cette transition vers une économie bio.
Dans l'ancienne caserne de pompiers du port de Gand, les camions ont cédé la place à des cuves de réacteurs, fermenteurs et centrifugeuses. Le garage traite désormais betteraves, céréales, granulés de bois et autres matières végétales. L'ancien bassin des pompiers abrite des bassins où des micro-organismes transforment les sucres de la biomasse. La salle de sport accueille aujourd'hui des expérimentations de procédés chimiques verts.
L'usine pilote de Bio Base Europe, opérationnelle depuis près d'un an, ouvrira officiellement le 11 juin. « Le navire vogue déjà, mais il est encore en construction », explique Wim Soetaert, expert en technologie microbienne et biochimique à l'université de Gand, moteur du projet. Complètement opérationnelle d'ici quelques mois, elle comble l'écart entre laboratoire et production industrielle de biocarburants ou biomatériaux. Les entreprises y produisent de quelques kilos à plusieurs centaines de tonnes de prototypes, en toute confidentialité. Conçue pour la flexibilité, elle utilise des machines modulaires adaptables à diverses matières premières. « Comme en cuisine avec les mêmes ustensiles pour différents plats », illustre Soetaert.
Le PEF remplace le PETL'économie bio va bien au-delà des biocarburants : plastiques, chimie, vitamines, colorants, enzymes... Tout peut provenir de la biomasse. Un producteur de détergents éco-responsables a déjà développé un détergent biodégradable à base d'huile de colza et de glucose de blé ou maïs, via micro-organismes. « C'est organique à la puissance trois : matière première, process et produit final verts », s'enthousiasme Soetaert. Les micro-organismes, modifiables génétiquement, convertissent les glucides végétaux en produits variés.
Exemple : l'acide polylactique (PLA), bioplastique majeur. Les micro-organismes produisent de l'acide lactique à partir de sucres, polymérisé en fibres pour matelas, vêtements ou emballages alimentaires (Albert Heijn pour pommes de terre bio, Delhaize pour salades).
Le styrène, base du polystyrène (gobelets, isolation), est étudié à partir de résidus protéiques de bioéthanol par l'université de Wageningen. Le polyéthylène (sacs, bouteilles) et l'éthylène glycol (bouteille végétale Coca-Cola, 1/3 bio-PET) suivent. Prochain cap : le PEF (polyéthylène furanoate), 100 % sucre, produit en pilote par Avantium.
« La recherche cible les briques de base pour produits sur mesure », note Harriette Bos, Wageningen. Les PHA, plastiques prêts-à-l'emploi produits par micro-organismes modifiés, visent les applications médicales malgré leur coût élevé.
Mieux et moins cher« Les bioplastiques doivent baisser en prix pour concurrencer, sans excéder le double du plastique actuel », estime Christiaan Bolck, collègue de Bos. L'enjeu : égaler ou surpasser les plastiques pétroliers en résistance à l'eau et à la chaleur. Le PLA, cassant et perméable, s'améliore pour boissons gazeuses ou pare-chocs auto.
Avantage : moins d'énergie (Dupont : -40 % pour propanediol de maïs). Études de Wageningen confirment les réductions d'émissions, maximales pour PLA vs PET, surtout avec betterave sucrière.
Carburant vs nourritureControverse : cultures alimentaires pour biocarburants ? Critiques ONU (De Schutter, Ziegler). Soetaert nuance : résidus riches en protéines nourrissent les animaux, augmentant rendement global. Focus actuel : 2e génération (déchets, paille, miscanthus), malgré prétraitements coûteux (cellulose-lignine). Phases démonstration, mais nécessaire face au pétrole polluant des sables bitumineux.
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