Quelles technologies ont le plus fort potentiel pour révolutionner notre quotidien ?
Je ne suis pas un spécialiste de la littérature, mais Karel Čapek reste un écrivain visionnaire. Plus de quatre-vingts ans après sa mort, son œuvre demeure d'une fraîcheur remarquable. Ses récits intègrent souvent science et technologie : dans la dystopie La guerre des salamandres (1936), des salamandres géantes évoluent pour devenir les êtres les plus intelligents de la planète. Dans Krakatit (1924), l'ingénieur Prokop invente un explosif dévastateur. Čapek a popularisé le terme « robot », dérivé du tchèque signifiant « esclave », dans sa pièce R.U.R..
Le nouveau numéro d'Eos propose un dossier dédié aux technologies du futur. Initialement prévu pour anticiper les avancées de la décennie 2020, ce focus s'est adapté à l'imprévisibilité du progrès technique. Qui aurait prédit, en début de décennie, l'impact de CRISPR-Cas sur la génétique ? Nous avons privilégié les technologies émergentes et les applications innovantes de solutions existantes, avec un fort potentiel de percée.
Les robots ne sont plus des esclaves
Le secteur de la santé fait face à des défis comme la pénurie de personnel qualifié et les horaires irréguliers. Robots et intelligence artificielle (IA) collaborent avec les humains pour optimiser les soins. La réalité augmentée (RA) transforme la chirurgie : le Dr Tom Lootens, orthopédiste gantois, utilise des hologrammes pour visualiser et traiter l'hallux valgus, évaluant précisément les dommages cartilagineux. En rééducation, la réalité virtuelle (RV) aide les patients souffrant d'équilibre à remarcher sans crainte. L'IA assiste les médecins dans l'interprétation des scans.
Grâce à l'auto-apprentissage et au deep learning, les robots opèrent de plus en plus autonomes dans divers domaines. Mais leur déploiement soulève des questions éthiques sur les limites des systèmes autonomes. Comme l'explique Katleen Gabriëls dans Règles pour les robots (2020), l'incertitude persiste tant que les technologies ne sont pas déployées à grande échelle. Il faut questionner l'impératif technologique : tous les problèmes ne nécessitent pas de solutions high-tech. Gabriëls prône une éthique technologique avec des règles pour les IA et robots, ainsi que pour leurs concepteurs et fabricants. Car les robots ne sont plus des esclaves.