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Applications TIC contre le COVID-19 : jusqu'où sacrifier la vie privée pour la santé publique ?

Diverses applications de technologies de l'information et de la communication (TIC) peuvent contribuer à endiguer la pandémie de COVID-19. Si certaines sont peu intrusives, d'autres posent de sérieuses questions de confidentialité. L'éthicienne Heidi Mertes passe en revue les options possibles.

Conseils médicaux personnalisés

Parmi les applications les moins intrusives figurent celles destinées aux patients en quarantaine à domicile. Il est préférable qu'ils soient suivis par leur médecin généraliste pour intervenir rapidement en cas de besoin d'hospitalisation. Or, les généralistes sont actuellement débordés.

Une application ou un site web permettrait au patient de saisir ses symptômes, accessibles à son médecin pour un suivi à distance sécurisé et des conseils. Cela évite les salles d'attente et urgences, tout en protégeant les données médicales. Aucune financement n'est toutefois prévu, et la responsabilité médicale reste floue. Un tel système devrait idéalement s'intégrer à une plateforme sécurisée comme eHealth.

Un autre outil clé est la téléconsultation, consultation à distance sans risque de contamination, remboursable depuis la crise du COVID-19.

Surveiller la mobilité

Les TIC peuvent aussi informer les décideurs et épidémiologistes sur la mobilité des citoyens, via des données de télécommunications. Par exemple, pour anticiper la propagation depuis les foyers épidémiques.

Aucune autorisation explicite n'est requise si les données sont anonymisées et agrégées, échappant au RGPD*. Les citoyens restent toutefois méfiants face aux risques pour la vie privée.

Suivi des contacts

La technologie GPS excelle dans la recherche des contacts, en traçant les interactions rapprochées (ex. : 2 mètres). Les bénéfices sont multiples :

  • Sur une large échelle, évaluer l'impact des mesures gouvernementales pour affiner les modèles de propagation. Les restrictions divisent-elles les contacts par deux ? Faut-il renforcer les contrôles ?
  • Alerter les personnes exposées à un cas confirmé ou suspect, comme à Singapour avec succès.

Cela lie toutefois mouvements individuels et état de santé, avec partage tiers, générant des risques accrus de confidentialité.

Une évaluation stricte au regard du RGPD européen s'impose : les données ne sont pas anonymes, mais au mieux pseudonymisées.

Évitons le "grand frère" chinois, où la santé personnelle est imposée. Le RGPD autorise les données pour l'intérêt public (ex. : plaque radar), mais en Belgique, sans soutien pour un suivi obligatoire, il repose sur la participation volontaire.

Même volontaire, maximiser la confidentialité et éviter la stigmatisation est crucial. Le modèle sud-coréen (traçage public des patients) échouerait chez nous.

Mieux : alerter anonymement les contacts récents d'un cas déclaré, sans détails identifiants. Les risques persistent (ex. : un seul contact connu), mais les gains l'emportent : isolation précoce des asymptomatiques contagieux.

Cela freine le virus si massivement adopté ; sinon, faux sentiment de sécurité et impact négatif.

Pour un bilan positif : (1) Garanties anti-abus, conformité RGPD et au-delà ; vigilance sur les dérogations. (2) Communication claire des limites : respecter les mesures malgré un "contact négatif".

Restreindre la mobilité

Enfin, des apps pour limiter la mobilité des infectés, comme en Chine avec un code "vert" obligatoire pour lieux publics, basé sur questionnaires, trajets, médias sociaux ou reconnaissance faciale.

En Belgique, la législation européenne stricte et l'Autorité de protection des données veillent. Pourtant, certains invoquent "l'urgence prime la loi" pour restreindre libertés.

Restons critiques : conjuguer créativité publique et protection privée maximale, sans pérenniser les mesures d'urgence post-crise.

*RGPD : règlement européen sur la protection des données personnelles par entreprises et gouvernements.

Chronique initialement publiée sur De Maakbare Mens.

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