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Néonicotinoïdes : un poison dévastateur pour la biodiversité agricole

Les abeilles, papillons, poissons, amphibiens et oiseaux insectivores subissent les effets néfastes des néonicotinoïdes, une classe de pesticides largement utilisés.

Néonicotinoïdes : un poison dévastateur pour la biodiversité agricole

Les abeilles, papillons, poissons, amphibiens et oiseaux insectivores sont gravement impactés par les néonicotinoïdes, pesticides populaires. Des scientifiques plaident pour une interdiction ou un usage strictement contrôlé.

La revue scientifique Nature publie cette semaine une étude menée par des biologistes de l’Université Radboud et de Sovon Vogelonderzoek Nederland. Ils démontrent pour la première fois un lien entre le déclin local des étourneaux et hirondelles et la présence d’imidaclopride, un néonicotinoïde couramment utilisé en agriculture.

Dans les zones où la concentration d’imidaclopride dans les eaux de surface dépasse 20 nanogrammes par litre, les populations d’oiseaux chutent. Plus la concentration est élevée, plus le déclin s’accentue. Au-delà de 20 ng/L, le déclin moyen des quinze espèces étudiées atteint 3,5 % par an. Aux Pays-Bas, cette valeur limite est fréquemment dépassée.

« Nous avons examiné d’autres facteurs potentiels, comme les changements d’utilisation des sols », explique le professeur Hans de Kroon, responsable de l’étude. « Mais la concentration d’imidaclopride émerge comme l’explication principale du déclin des oiseaux insectivores. »

Dans les zones où la concentration dépasse 20 nanogrammes par litre, 10 % des oiseaux disparaissent tous les trois ans.

Les mécanismes exacts restent à élucider : manque d’insectes, consommation d’insectes contaminés, ou empoisonnement direct via des semences traitées. L’impact sur la reproduction ou la mortalité n’est pas encore précis.

Qu’est-ce que les néonicotinoïdes ?

Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus utilisés au monde pour protéger les cultures. Systémiques, ils sont absorbés par la plante et se diffusent dans ses tissus, attaquant le système nerveux des insectes ravageurs, provoquant désorientation, paralysie et mort. L’imidaclopride, développé par Bayer CropScience dans les années 1990, fut le premier. D’autres incluent thiaméthoxame, clothianidine et thiaclopride.

Néonicotinoïdes : un poison dévastateur pour la biodiversité agricole

Ils sont appliqués en pulvérisation, traitement du sol ou enrobage de semences sur plus de 140 cultures dans 120 pays. En Belgique et aux Pays-Bas, ils servent pour fruits, maïs, betteraves, légumes (chou, laitue, carotte), plantes ornementales et pelouses. Disponibles en jardineries sous des marques comme Provado, Admire, Pokon (imidaclopride), Axoris (thiaméthoxame) ou Calypso (thiaclopride).

Des études récentes, dont une méta-analyse de 800 publications dans Environmental Science and Pollution Research, montrent que ces substances affectent non seulement les pollinisateurs comme abeilles et papillons, mais aussi poissons, amphibiens, oiseaux et microbes lors d’expositions élevées ou prolongées.

En utilisant des néonicotinoïdes, nous menaçons l’infrastructure soutenant notre production alimentaire.

Persistants dans le sol pendant des années, ils contaminent durablement les eaux. Aux Pays-Bas, plus de la moitié des points de mesure dépassent les normes depuis huit ans, avec des pics à 300 fois la limite. « Les néonicotinoïdes ne protègent pas notre agriculture, ils la mettent en péril en menaçant pollinisateurs, habitats et lutte biologique », alerte Jean-Marc Bonmatin du CNRS.

Faut-il interdire ?

Les experts recommandent une réduction drastique mondiale. Dans l’UE, trois néonicotinoïdes sont interdits depuis décembre 2013 sur cultures attractives pour abeilles, jusqu’à fin 2015. Un encadrement plus strict s’impose : éviter l’usage en floraison, interdire en serres avec abeilles, informer les apiculteurs. Ces mesures sont difficiles à appliquer sans contrôles renforcés.

« Les néonicotinoïdes sont une cause de mortalité des abeilles accessible à une action rapide, contrairement à la restauration de la biodiversité à grande échelle », note Jeroen van der Sluijs, de l’Université d’Utrecht.

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