De 1998 à 2012, le réchauffement climatique n'a finalement pas marqué de pause, selon les analyses récentes. Cela représente une mauvaise nouvelle pour la vie marine, dont les aires de répartition se réduisent inexorablement.

De 1998 à 2012, le réchauffement climatique n'a pas marqué de pause. Mauvaise nouvelle pour la vie marine, dont les aires de répartition se rétrécissent.
La Terre se réchauffe en raison des activités humaines, et il est urgent d'agir : c'est le consensus des scientifiques. Pourtant, les données de la période 1998-2012 indiquaient un ralentissement des hausses de température terrestres et marines par rapport aux décennies précédentes. Le GIEC l'avait reconnu à contrecœur en 2013.
À l'époque, certains sceptiques climatiques s'en étaient réjouis. Mais une nouvelle analyse des données jusqu'en 2014, menée par les climatologues de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et publiée dans la revue Science, montre que ce ralentissement a quasiment disparu.
El Niño en cause
Explication principale : 1998 a été marquée par un puissant El Niño, phénomène où les eaux chaudes du Pacifique tropical, normalement refoulées vers l'Indonésie par les alizés, remontent vers l'Amérique du Sud en raison de vents affaiblis. Cela entraîne des conditions météorologiques extrêmes mondiales. Résultat : 1998 fut exceptionnellement chaude, suivie d'années plus fraîches dues à La Niña.
De plus, les mesures globales de température comportent des incertitudes. Grâce à l'International Surface Temperature Initiative, des milliers de stations ont été ajoutées dans les tropiques. Des ajustements restent nécessaires au pôle Nord et pour les mesures marines (seaux, intake des moteurs, bouées ARGO, qui sous-estiment souvent les températures).
"Les analyses sur de courtes périodes ne reflètent pas fidèlement les tendances climatiques à long terme."
En corrigeant ces biais et en intégrant les nouvelles données, l'augmentation entre 1998 et 2012 double à 0,086 °C par décennie. Avec 2013 et 2014, elle atteint 0,106 °C. À partir de 2000, elle grimpe à 0,116 °C. Le réchauffement n'est donc pas arrêté depuis 2000.
Le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC, confirme : "En raison de la variabilité naturelle, les analyses sur courtes périodes sont sensibles aux dates choisies et ne reflètent pas les tendances à long terme", écrit-il. "Cela confirme l'évaluation du GIEC : le réchauffement continue."
Mauvaise nouvelle pour la vie marine
Pour les espèces terrestres déjà contraintes par l'urbanisation, c'est préoccupant. Pour les animaux marins, deux études dans Science alertent : à températures plus élevées, l'oxygène dissous diminue, augmentant les besoins des organismes. Le ratio oxygène disponible/consommé au repos définit la limite sud de leur habitat.
Analyse de quatre espèces bien étudiées (morue atlantique, crabe vert, maquereau et anchois) : elles vivent où l'oxygène disponible est 2 à 5 fois supérieur aux besoins au repos. Avec le réchauffement projeté, ce ratio pourrait halver même en zones tempérées, repoussant les limites sud vers le nord.
Pas d'abri au nord
Mais au nord, les coraux comme l'acropora (cernes de cerf) risquent de ne pas suivre, selon des chercheurs australiens. Actuellement limités par l'ensoleillement insuffisant (photosynthèse des zooxanthelles), ils pourraient manquer de lumière en hiver plus au nord, malgré des eaux plus froides.
De nombreux animaux marins doivent consommer plus d'oxygène pour le même effort à des températures élevées.
Sans compter l'acidification, la pollution, la baisse de productivité et les déséquilibres trophiques. "Nous pouvons désormais tracer avec plus de précision les futures aires de répartition, mais gardons la gomme à portée de main", conclut l'écologue marine Joan Kleypas.