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Changement climatique : moins d'avalanches à l'horizon ? Une étude historique sur plus de 200 ans dans les Vosges

Le changement climatique intensifie de nombreuses catastrophes naturelles à travers le monde, des incendies de forêt aux ouragans. Pourtant, un risque pourrait diminuer avec le réchauffement : les avalanches. Une analyse couvrant plus de deux siècles d'avalanches dans les Vosges françaises le confirme.

Des scientifiques ont scruté les archives climatiques et historiques documentant plus de 730 avalanches depuis les années 1780 dans les Vosges. Résultat : entre le milieu du XIXe et le début du XXe siècle, l'hausse des températures hivernales a entraîné une chute du nombre et de la taille des avalanches, qui se sont déplacées vers des altitudes plus élevées.

Ces findings ont des implications majeures pour anticiper les risques futurs. « En observant le passé à basse altitude, nous pouvons prévoir ce qui attend les altitudes élevées », explique Nicolas Eckert, statisticien à l'Inrae et à l'Université Grenoble Alpes. L'étude, publiée le 25 octobre dans Proceedings of the National Academy of Sciences, repose sur des données fiables.

La quantité, la densité et les propriétés physiques de la neige influencent fortement le risque d'avalanche. « Les avalanches sont très sensibles au climat », note Eckert. Jusqu'ici, peu d'études avaient exploré ce lien en profondeur.

Les Vosges, chaîne modeste du nord-est de la France, offrent un exceptionnel corpus historique : habitants millénaires des vallées aux crêtes. Eckert et son équipe ont compilé 734 événements entre 1783 et 2013, via photos, journaux, documents administratifs, cartes postales et guides. Exemples : une carte manuscrite du XIXe montrant une maison ravagée, une photo d'inondation en 1894, ou un récit de 1783 d'un homme enseveli sous sa demeure emportée par un torrent de neige.

Les chercheurs ont croisé ces données avec relevés de températures, précipitations et descriptions hivernales, analysant l'évolution des avalanches et du climat.

À l'origine, avalanches « intenses et généralisées » à toutes altitudes. Mais vers 1850-1920, fin du Petit Âge glaciaire, les températures hivernales grimpent de 1,35 °C (2,43 °F) : avalanches sept fois moins fréquentes, plus petites, sur saison écourtée. Aujourd'hui, quasi absentes en basse altitude, confinées aux sommets vosgiens. « Tout cela découle du réchauffement du milieu XIXe au début XXe », confirme Eckert.

Avec moins de neige et des propriétés modifiées (froid, stratification), le risque baisse. Aujourd'hui, combustibles fossiles en cause, les chutes de neige diminuent : avalanches potentiellement moins nombreuses, tempère Eckert. « Mais la variabilité persiste : à très haute altitude, comme Alpes ou Himalaya, neige et avalanches s'intensifient. Elles subsisteront dans bien des régions, quoique réduites en bas. »

Cette analyse des basses altitudes préfigure l'avenir en altitude. Prochains travaux : schémas dans d'autres massifs, et modélisation des risques humains. « Calculer le risque pour bâtiments est aisé ; pour skieurs en hors-piste, plus complexe : ils vont où bon leur semble. La baisse d'activité n'équivaut pas toujours à un risque réduit. »

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