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Changement climatique : exposition à des milliers de nouveaux virus zoonotiques inévitable

En 2013, un enfant en bas âge jouait sous un arbre creux en Guinée rurale, occupé par des chauves-souris porteuses d'Ebola. Le garçon a contracté la maladie et est décédé, devenant le patient zéro d'une épidémie qui a tué près de 10 000 personnes. En 2003, un bétacoronavirus, le SRAS, est passé des chauves-souris de la province chinoise du Yunnan à la ville de Guangzhou. Et, à notre connaissance, en 2019, une chauve-souris a transmis un autre bétacoronavirus à un mammifère sauvage, retrouvé sur un marché de Wuhan, déclenchant la pandémie de COVID-19.

Les épidémiologistes se sont concentrés sur les origines de ces sauts interspécifiques : quelles chauves-souris ? Quand ? Mais une question plus large émerge : pourquoi certains mammifères se rencontrent-ils ? Et des forces augmentent-elles la probabilité qu'une chauve-souris malade infecte des humains ?

Dans une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature, une équipe internationale d'écologistes des maladies révèle que le changement climatique, en remodelant les habitats des mammifères, multiplie les échanges viraux. Les « premières rencontres » se concentrent dans des zones densément peuplées, rendant inévitable le passage de certains virus à l'homme.

Cette recherche lie le changement climatique global à ses impacts quotidiens : mortalité infantile, santé des cultures et maladies. « Alors que les financements pour le climat et la santé émergent, l'ampleur du défi dépasse nos prévisions », explique Kristie Ebi, experte en climat et santé humaine à l'Université de Washington.

Nous vivons déjà le pic de ce remodelage : les animaux migrent vers des zones plus fraîches. Les épidémies récentes pourraient ainsi résulter du changement climatique, sans que nous puissions encore l'identifier précisément.

Les conclusions reposent sur trois ans de simulation globale des habitats de près de 4 000 espèces de mammifères et des virus qu'elles portent. L'équipe a modélisé l'évolution des aires de répartition sous divers scénarios climatiques, identifié les « premières rencontres » entre espèces isolées, et évalué les risques d'échange viral via un modèle informatique avancé.

Tous les mammifères rencontreront de nouveaux voisins, mais des points chauds émergeront, surtout dans les montagnes tropicales comme les hautes terres d'Afrique de l'Est et d'Asie du Sud-Est, plutôt aux pôles. Les espèces migrent souvent ensemble vers le nord, mais dans les montagnes, elles se compressent vers des altitudes étroites, augmentant la biodiversité et les contacts dans les tropiques.

Ces migrations transporteront des pathogènes. Plus de 10 000 virus zoonotiques circulent déjà chez les mammifères ; ils côtoieront de nouveaux hôtes en altitude. Une chauve-souris des plaines pourrait partager un versant avec d'autres réfugiés sauvages, créant de nouveaux réseaux de transmission.

Selon l'étude Nature, les chauves-souris dominent ces échanges grâce à leur capacité de vol. Les rongeurs pourraient aussi être des réservoirs majeurs.

Les conditions optimales pour les spillovers s'étendent de 2011 à 2040, même sous un réchauffement modéré comme les +2 °C de l'Accord de Paris.

Le changement climatique a-t-il déjà favorisé des épidémies ? L'attribution climatique progresse pour la météo (ex. : dôme de chaleur dans le Pacifique Nord-Ouest), mais reste complexe pour les maladies. Les études portent souvent sur les vecteurs insectes (paludisme, dengue), nécessitant une modélisation fine des précipitations et chaleurs.

Les cas rares sont plus traçables, comme la maladie de Lyme au Canada sud ou la propagation du virus de Carré des phoques arctiques aux loutres du Pacifique via la fonte des glaces. Les renards volants australiens ont transmis Hendra aux chevaux en migrant vers le sud.

La simulation « ICEBERG » (pointe visible des rencontres) souligne que déforestation et urbanisation amplifient les risques. L'attribution est compliquée par le manque de surveillance en temps réel, contrairement aux moustiques mieux financés.

Lors d'une audience au Congrès le jour de la publication, Colin Carlson (Université de Georgetown) a plaidé pour des systèmes de surveillance zoonotique centralisés : « Notre domaine vit une révolution ; COVID-19 pourrait être la dernière pandémie si nous agissons. »

Cette étude alerte : réchauffement et perte d'habitats exposent à des milliers de virus. Une anticipation informée peut prévenir les crises futures.

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