La lutte contre la pollution plastique en mer doit se concentrer en priorité sur les zones côtières.

Le projet Ocean Cleanup, fondé par le Néerlandais Boyan Slat, vise à combattre la pollution plastique dans les océans. Une nouvelle étude britannique publiée dans la revue Environmental Research recommande toutefois de recentrer les efforts sur les côtes.
Près de huit millions de tonnes de plastique rejoignent les océans chaque année. Environ 250 000 tonnes flottent près de la surface, tandis que plusieurs fois plus reposent en profondeur – jusqu'à des milliards de particules par kilomètre carré de fond marin selon certaines estimations. Oiseaux marins et autres animaux marins ingèrent ou s'emmêlent dans ces déchets.
Les déchets plastiques flottants s'accumulent dans cinq gyres océaniques, zones circulaires formées par les courants. Le Great Pacific Garbage Patch (GPGP), l'un d'eux, serait deux fois plus grand que le Royaume-Uni selon les estimations.
Le projet Ocean Cleanup prévoit de collecter le plastique à l'aide de grands filets flottants. Selon Erik van Sebille (Imperial College London), il serait plus efficace de les déployer près des côtes plutôt que dans les gyres. Ce chercheur a utilisé des modèles simulant les déplacements du plastique pour identifier les zones prioritaires de ramassage.
30 % de plastique en moins d'ici dix ans
"En collectant le plastique près des côtes pendant dix ans, particulièrement autour de la Chine et de l'Indonésie, nous pourrions réduire la quantité de plastique dans l'océan de 30 % par rapport à un scénario sans action", explique-t-il. "Concentrer tous les efforts sur le GPGP ne permettrait que 17 % de réduction."
Bien que les gyres concentrent beaucoup de plastique, la majeure partie y parvient via les côtes. "Il est logique d'intercepter le plastique avant qu'il ne cause des dommages majeurs", ajoute Sebille.
Les chercheurs ont aussi analysé les zones de chevauchement entre plastique et plancton. Les microplastiques, confondus avec du plancton, intègrent la chaîne alimentaire, surtout près des côtes. En priorisant ces zones, ce chevauchement diminue de près de moitié, contre seulement 14 % dans le scénario gyres. Les gyres sont en grande partie des "zones mortes".
Remarquable : selon les simulations de Sebille basées sur les plans d'Ocean Cleanup, la quantité de plastique dans l'océan ne diminuerait pas en dix ans, mais l'ajout de nouveau plastique serait réduit. "L'océan ne redeviendra pas sans plastique", conclut Sebille. "Mais en stoppant la nouvelle pollution, nous limiterons fortement les dégâts."