FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Les taxonomistes : une espèce en voie de disparition

Faute de fonds et d'intérêt croissant, les taxonomistes eux-mêmes deviennent une espèce rare et menacée d'extinction.

Les taxonomistes : une espèce en voie de disparition

Début 2022, les taxonomistes Léon Baert et Patrick Grootaert ont quitté le département d'entomologie de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB) après 41 et 36 ans de carrière. Spécialiste des araignées, Baert a notamment cartographié les populations des îles Galápagos. Grootaert, surnommé « Lord of the Flies » dans les couloirs, a étudié les mouches des mangroves de Singapour et en a décrit 300 nouvelles espèces.

Le départ de ces deux experts chevronnés inquiète. Ils étaient les derniers taxonomistes de l'IRSNB, contre douze il y a dix ans. Bien que leurs collections soient préservées, ils redoutent l'absence de relève. « Nos connaissances ne sont pas transmises à la nouvelle génération et risquent de se perdre », confie Baert.

Nous surveillons la distribution et l'état de menace de seulement 80 000 des 1,5 million d'espèces documentées. Le reste nous échappe complètement.

La situation est identique ailleurs. La taxonomie régresse mondialement depuis des décennies, sauf en Chine et en Amérique du Sud. Sur 7 à 15 millions d'espèces estimées sur Terre, seules 1,5 million ont été nommées. Plus grave, nous ignorons le statut de la plupart. « Nous surveillons la distribution et le statut de menace d'à peine 80 000 des 1,5 million d'espèces documentées. Le reste est à vous », alerte l'écologiste allemand Axel Hochkirch dans la revue Nature.

Erik Smets, professeur à Leiden et Louvain, botaniste et directeur scientifique du Naturalis Biodiversity Center, partage ces craintes mais voit des opportunités. « Notre discipline a évolué : elle intègre désormais la génétique, l'analyse de données et la science citoyenne. Cela ne remplace pas les taxonomistes experts, mais élargit le champ. »

[]