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Pilule contraceptive masculine : une piste prometteuse sans hormones

De nombreuses recherches annoncent régulièrement des avancées vers la pilule contraceptive pour hommes. Mais où en est-on vraiment ?

Pilule contraceptive masculine : une piste prometteuse sans hormones

Des recherches annoncent régulièrement des avancées vers la pilule contraceptive pour hommes. Mais où en est-on vraiment ?

La quête d'une pilule masculine a longtemps suivi le même chemin que celle pour femmes, avec plusieurs décennies de retard. Il s'agissait de combiner des hormones pour inhiber de manière réversible la fertilité masculine.

Cependant, les hormones sexuelles masculines, comme les féminines, ont de multiples rôles, entraînant inévitablement des effets secondaires désagréables. Si ces effets ont diminué pour la pilule féminine au fil des ans, la bataille reste inégale pour les hommes.

Une différence fondamentale : chez les femmes, il suffit d'empêcher une ovulation mensuelle ; chez les hommes, des milliers de spermatozoïdes sont produits à chaque battement de cœur, et un seul suffit à féconder.

Même en réduisant fortement cette production – ce qui nécessite des doses élevées d'hormones –, le risque de grossesse non désirée persiste. C'est pourquoi des voies alternatives sont explorées.

Un mécanisme prometteur

Dans la revue Science, des scientifiques japonais rapportent une étude révélant un mécanisme innovant.

Les hommes sous immunosuppresseurs après une greffe d'organe connaissent souvent des troubles de fertilité. La production et la maturation des spermatozoïdes sont perturbées, probablement par l'interférence avec la calcineurine, une enzyme qui modifie les protéines en ajoutant ou retirant des groupes phosphate.

Par exemple, elle déphosphoryle le facteur de transcription NFAT, bloquant la production d'interleukine-2 et l'attaque immunitaire contre l'organe greffé.

Haruhiko Miyata et son équipe de l'Université d'Osaka ont étudié son rôle en la désactivant chez la souris. Deux formes de calcineurine sont cruciales pour la spermatogenèse : une ubiquitaire, inadaptée comme cible ; l'autre, localisée dans les testicules et l'épididyme, affecte la flexibilité de la pièce médiane des spermatozoïdes. Sans elle, les spermatozoïdes nagent de manière rigide et inefficace, rendant improbable la fécondation.

Effet des immunosuppresseurs

Les immunosuppresseurs inhibant la calcineurine produisent un effet similaire chez l'homme : spermatozoïdes immobiles après cinq jours, réversibles une semaine après arrêt.

Cette approche semble idéale : elle n'arrête pas la production spermatique mais rend les spermatozoïdes inopérants dans l'épididyme. Elle pourrait aussi prévenir les infertilités transitoires post-greffe.

Cependant, Herman Tournaye, expert en andrologie à la VUB, reste prudent : « Découverte intéressante, mais non testée chez l'homme ni évaluée pour ses effets secondaires. » Plus crucial : l'intérêt des laboratoires pharmaceutiques. Une étude australienne montrait une demande forte au début des années 2000, mais des sondages européens et américains tempèrent l'enthousiasme. Sans marché, pas d'investissement.

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