Promesse tenue depuis des années, la pilule contraceptive pour hommes reste encore elusive. Des chercheurs américains ont identifié un élément clé : la protéine BRDT, ouvrant la voie à une contraception masculine efficace. Mais les hommes et les femmes l'attendent-ils vraiment ?

Une révolution en attente
Depuis l'apparition de la pilule contraceptive féminine dans la seconde moitié du XXe siècle, les femmes ont acquis un contrôle accru sur la fécondité, sans recourir systématiquement au préservatif. De nombreuses options ont émergé : pilules, patches et autres. Pour les hommes, les choix se limitaient au préservatif ou à la vasectomie.
Pour promouvoir l'égalité des genres, la recherche sur la pilule masculine s'est intensifiée. Les premières tentatives hormonales ont échoué en raison d'effets secondaires graves : baisse de libido, dépression et risques cardiaques accrus. De plus, leur efficacité était inférieure à celle des versions féminines.
Une approche sans hormones
Récemment, les chercheurs privilégient les méthodes non hormonales. Des expériences audacieuses ont été menées, comme la privation de vitamine A ou l'utilisation d'ultrasons sur les testicules. D'autres ciblent les protéines impliquées dans la spermatogenèse, comme dans l'étude récente.
James E. Bradner, de la Harvard Medical School à Boston, étudiait la molécule JQ1 pour ses propriétés anticancéreuses. Cette molécule inhibe les bromodomaines, dont la protéine BRDT, essentielle à la production de spermatozoïdes. En collaboration avec Martin M. Matzuk du Baylor College of Medicine à Houston, ils ont démontré que JQ1 bloque BRDT, réduisant drastiquement la production et la qualité du sperme.
Des tests sur des souris ont confirmé une stérilité après 1 à 2 mois de traitement. Sans altération hormonale, les effets étaient réversibles : fertilité restaurée en 1 à 2 mois après arrêt. Aucune anomalie n'a été observée chez les descendants.
Toutefois, Matzuk tempère : « JQ1 n'est pas la pilule idéale, car elle cible d'autres bromodomaines. Mais ces résultats valident BRDT comme cible prioritaire pour de futurs contraceptifs masculins. »
Les hommes l'adopteront-ils ?
Malgré ces progrès, la pilule masculine reste expérimentale. Sa fiabilité future, comparable à celle des femmes, reste à prouver. Mais en est-elle vraiment attendue ?
Une étude de 2000 auprès de 2000 femmes en Écosse, Chine et Afrique du Sud montre un soutien majoritaire, y compris en Asie, contredisant l'idée que les partenaires masculins oublieraient leur pilule. Chez les hommes, une enquête plus modeste révèle un enthousiasme similaire : plus de 70 % des deux sexes soutiennent un rôle accru des hommes en contraception.