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Succès historique : les tortues vertes se multiplient à Aldabra aux Seychelles

Quand Jeanne Mortimer a posé le pied pour la première fois sur l'atoll d'Aldabra aux Seychelles dans les années 1980 pour étudier les tortues vertes en péril, la plage de Settlement était presque déserte. Sur ces 1,9 km de sable, elle ne repérait qu'une ou deux traces de tortues lors de ses patrouilles. Plus d'une décennie après l'interdiction de la chasse en 1968, les signes de reprise étaient rares pour ces reptiles à carapace dure.

Surnommée "Madame Torti" aux Seychelles, Mortimer n'a observé un réel rebond de la population nicheuse qu'en 1995. Fondatrice et présidente du Turtle Action Group Seychelles, elle comptait alors 10 à 20 pistes par relevé, un bond significatif. Les tortues vertes entamaient enfin leur retour, trois décennies après la fin de l'exploitation humaine.

"La protection fonctionne, mais il faut de la patience : jusqu'à 35 ans", explique Mortimer.

Une étude récente publiée dans Recherche sur les espèces en voie de disparition confirme cette tendance. Après un demi-siècle de protection, les nids annuels de tortues vertes à Aldabra sont passés de 2 000 à 3 000 fin des années 1960 à plus de 15 000 fin des années 2010, soit une multiplication par six.

Herbivores et parmi les plus grandes tortues marines, elles nichent dans plus de 80 pays et fréquentent les côtes mondiales. Historiquement décimées pour leur graisse, leur viande et leurs œufs, leurs populations mondiales déclinent encore. Mais Aldabra, qui abrite l'une des plus grandes colonies, offre de l'espoir.

"La population locale a un fort potentiel de croissance", estime Adam Pritchard, auteur principal de l'Université d'Exeter. Avec 3 000 à 5 000 femelles nicheuses aujourd'hui, contre des prélèvements de 12 000 individus par an au début du XXe siècle, elle pourrait doubler ou tripler.

"Après une croissance initiale lente, une explosion récente s'opère. C'est le début d'une belle histoire", ajoute-t-il.

Ce succès illustre l'importance d'une protection durable. L'interdiction de 1968 et le classement UNESCO d'Aldabra en 1982 ont porté leurs fruits. Cet atoll isolé de l'océan Indien, partie des 115 îles Seychelles, a échappé en grande partie à l'homme.

"Sans la vision des dirigeants seychellois, tout aurait pu basculer", note Cheryl Sanchez de la Seychelles Island Foundation (SIF).

La surveillance à long terme est cruciale pour cette espèce, mature en 20 à 50 ans. Des décennies de données sur 50 plages, collectées par des centaines de personnes, ont permis ce suivi.

Mortimer a lancé le premier programme cohérent d'Aldabra dans les années 1980. Experte mondiale, active dans 20 pays, elle insiste sur la compréhension des liens humains avec l'espèce.

"Les tortues sont vitales culturellement : on les mange ou les vénère. La conservation doit intégrer les sociétés pour des usages durables", dit-elle.

Face à l'extinction imminente en 1968, les Seychelles ont interdit la chasse, pivotant vers l'écotourisme rentable et respectueux.

Aujourd'hui, la SIF perpétue ce legs avec une équipe réduite surveillant tortues marines, géantes, oiseaux et climat, malgré les défis logistiques.

"Ne pas tuer les femelles nicheuses et protéger les habitats : voilà les clés", résume Mortimer.

Ce modèle inspire : reprises similaires aux États-Unis, Costa Rica ou Ascension. Protégeons les plages, les tortues rebondiront.

Mise à jour (22 mars 2022) : Le premier paragraphe intègre plus de détails sur les relevés de Jeanne Mortimer.


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