Nous avons tous vécu des situations où une tentative d'aide produit l'effet inverse. À l'échelle de la crise climatique, cela peut tourner au désastre.
Le rapport 2022 du GIEC met en lumière la maladaptation. En 2014, le GIEC la définissait comme « des actions pouvant entraîner un risque accru de conséquences néfastes liées au climat, une vulnérabilité accrue au changement climatique ou une diminution du bien-être, maintenant ou à l'avenir ». Pour bien la comprendre, il faut d'abord saisir l'adaptation et son urgence.
Avec un climat qui évolue à un rythme accéléré, les populations sont de plus en plus exposées aux inondations et à la chaleur extrême, explique Luna Khirfan, professeure agrégée à l'École de planification de l'Université de Waterloo au Canada. « L'adaptation vise à limiter l'impact négatif de ces aléas en réduisant l'exposition et la vulnérabilité, donc le risque global », précise-t-elle.
Le changement climatique étant inédit et en cours, décideurs et citoyens improvisent des réponses, note Lisa Schipper, chercheuse à l'Environmental Change Institute de l'Université d'Oxford. Certaines se révèlent contre-productives.
« Planifier trop vite et s'enfermer dans des trajectoires de développement peut faire que ces stratégies d'adaptation se retournent contre nous, augmentant notre vulnérabilité », avertit Schipper.
Les formes de maladaptation varient. Voici les plus courantes et comment les éviter dans un monde instable.
La maladaptation la plus basique survient quand une réponse rapide génère des problèmes durables, selon Khirfan. Prenons les vagues de chaleur et la climatisation. Ces phénomènes se multiplient, du nord-ouest Pacifique à l'Europe.
À Vancouver, touchée par le dôme de chaleur du Pacifique, beaucoup ont recours massivement à la climatisation. « Si elle repose sur une énergie à forte intensité carbone, cela augmente les émissions de gaz à effet de serre, accentuant la chaleur », souligne Khirfan. Idem pour le froid extrême, avec des générateurs à combustibles fossiles lors des coupures de courant.
Le climat frappe d'abord les plus pauvres, et la maladaptation creuse les inégalités, comme l'indique le GIEC. Les communautés vulnérables subissent en premier ses effets négatifs.
En urbanisme, les solutions basées sur la nature (infrastructures vertes et bleues) privilégient les riches, note Khirfan. « Elles coûtent cher. Les décideurs appliquent une logique coûts-avantages : les investissements vont aux actifs précieux, comme l'immobilier de valeur. »
Cela déplace chaleur et pollution vers des quartiers denses et peu verts. À Phoenix, la ville la plus chaude des États-Unis, une étude de 2007 montre que les 10 % les plus pauvres subissent 2,5 °F de plus que les riches, dont les zones arborées atténuent la chaleur.
« La répartition spatiale est inéquitable dès le départ », déplore Khirfan.
La maladaptation déplace aussi les risques : digues dans un quartier renvoient l'eau vers des zones défavorisées. Aux Fidji, une digue à Vanua Levu a amplifié les inondations et l'érosion ailleurs.
« Protéger une zone déplace l'érosion plus loin, touchant les voisins », explique Schipper. Cela peut mener à des déplacements forcés, dévastateurs pour les plus vulnérables.
Certaines politiques génèrent des vulnérabilités inédites. À Amman (Jordanie), la faible sécurité hydrique a conduit à pomper l'eau à 300 km. « Cela impacte agriculture et eau à la source, créant une instabilité non durable », dit Khirfan.
En Éthiopie, l'irrigation accrue pousse à des cultures gourmandes en eau au lieu d'adaptations sèches. « C'est l'inverse d'une vraie adaptation », commente Schipper.
Les assurances agricoles ont le même travers : elles encouragent des risques, négligeant cultures résistantes et techniques de conservation.
« Les agriculteurs optent pour des cultures de rente plutôt que de subsistance résilientes », ajoute Schipper.
Pour éviter la maladaptation, écouter tous les groupes – immigrants, femmes, minorités – est clé. Sortir des bureaux pour recueillir avis locaux identifie les vraies racines, comme préconise le GIEC : gouvernance écologique, éducation, inclusion.
Inverser le cours exige d'auditer les programmes actuels, dont le financement climatique défaillant. Aucune solution n'est universelle : ce qui marche au Rwanda échouerait en Thaïlande.
Les réalités des premières lignes priment sur les réponses faciles.
« Inclure ces voix dans les décisions est essentiel pour une justice climatique », conclut Khirfan.