De nos jours, de nombreuses marques mettent en avant des tissus « durables », « biologiques » ou « naturels ». Pourtant, les vêtements font souvent l’objet de greenwashing. Une étude récente de la Changing Markets Foundation, organisation militant pour l’économie circulaire, révèle que plus de la moitié des allégations environnementales de géants comme Zara, H&M et Uniqlo sont infondées. Même Reformation et Levi’s, réputées durables, pourraient mieux faire concernant les textiles fossiles comme le polyester.
Un nouveau mouvement émerge dans la mode durable : l’accent sur la culture des matières premières. Eileen Fisher, Stella McCartney, Christy Dawn et le groupe Kering (Gucci, Bottega Veneta, Balenciaga, Alexander McQueen) investissent dans l’agriculture régénérative pour une mode plus responsable.
L’agriculture régénérative restaure la biodiversité des sols, favorisant le stockage du carbone. Selon les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine des États-Unis, elle pourrait séquestrer 250 millions de tonnes de carbone par an, soit 4 % des émissions nationales.
« C’est une approche holistique qui crée des liens bénéfiques avec l’écosystème », explique Mairin Wilson, responsable des pratiques régénératives chez Christy Dawn. « Sans intrants chimiques, elle enrichit les sols via compost et engrais verts, limite le labour, intègre des cultures de couverture et assure un salaire décent aux agriculteurs. Elle absorbe plus de carbone qu’elle n’en émet, luttant ainsi contre le changement climatique. »
Les pratiques varient. Kering vise à convertir plus de 2 millions d’acres en Argentine, France, Espagne, Mongolie, Afrique du Sud et Inde pour cuir, coton, laine et cachemire. Christy Dawn permet aux consommateurs d’investir dans une ferme en Inde pour cultiver du coton, puis d’acheter une robe issue de cette récolte, avec un possible rendement sur le surplus.
« Cette connexion rend les produits plus durables environnementalement et socialement », note Huantian Cao, codirectrice de l’initiative vêtements durables à l’Université du Delaware.
Cette idée relie personnes, marques et solutions, selon François Souchet, responsable durabilité chez BPCM. « C’est évolutif. » Le projet Christy Dawn couvre 40 acres et 28 000 livres de coton bio, mais Patagonia est passé de 165 agriculteurs sur 420 acres en 2018 à 2 260 sur 5 248 acres en Inde.
Cependant, certains experts tempèrent : Theresa Lieb (GreenBiz) souligne que l’agriculture régénérative aide la planète, mais la surconsommation reste le vrai défi. Les Américains achètent en moyenne 70 vêtements par an ; 85 % des textiles finissent en décharge ou incinérés. Il faut des vêtements de qualité, durables, et prioriser nourriture et fibres essentielles.
« Mieux vaut préserver la terre que l’exploiter régénérativement », écrit-elle.
Les consommateurs ont deux leviers : soutenir des initiatives comme l’agriculture régénérative avec des produits de qualité, et acheter moins. Merci aux adeptes du « repeat outfit » !
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