FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Airbus teste un A380 modifié à l'hydrogène : vers une aviation zéro émission

Le mois dernier, Airbus a annoncé son intention de modifier un avion de ligne A380 en y ajoutant un moteur à combustion d'hydrogène supplémentaire à l'extérieur, accompagné d'équipements de surveillance. Ces adaptations permettront de tester les vols à hydrogène en conditions réelles.

Cette initiative s'inscrit dans l'objectif plus large de l'industrie aéronautique : atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Le transport aérien de passagers représente environ 3 % des émissions mondiales de CO₂ en 2021. Si la réduction des voyages et l'investissement dans des appareils plus efficaces contribuent à diminuer ces émissions, de nouvelles technologies seront essentielles pour parvenir à zéro émission nette.

D'autres solutions, comme les taxis volants à batterie ou les carburants d'aviation durables (SAF), aident à réduire les émissions. L'hydrogène se profile cependant comme une piste majeure vers la neutralité carbone, utilisable pour des vols régionaux courts comme pour des trajets long-courriers sur gros porteurs.

L'avion d'essai est le premier A380 produit (numéro de série 001), selon Amanda Simpson, vice-présidente de la recherche et technologie chez Airbus Americas. Initialement utilisé pour certifier l'A380 et le moteur de l'A350, il sera équipé d'un moteur supplémentaire brûlant de l'hydrogène liquide au lieu de kérosène.

L'A380, plus gros avion de ligne en service, offre l'espace nécessaire pour les équipements de mesure et le stockage de 400 kg (880 lb) d'hydrogène liquide. (Airbus a cessé sa production en 2019, au profit d'avions bimoteurs plus économes.)

Le positionnement du moteur – en haut, à l'arrière devant l'empennage – est stratégique. Séparé des quatre moteurs翼 à kérosène, il permettra à un avion suiveur d'analyser exclusivement les émissions hydrogène.

Comprendre les émissions de la combustion d'hydrogène en altitude est un objectif clé, explique Simpson. Sans CO₂, elle produit néanmoins des oxydes d'azote (NOx), polluants, et de la vapeur d'eau, gaz à effet de serre en haute atmosphère.

Ce moteur permettra d'optimiser la combustion en vol : ratio air-carburant, température, pour une efficacité maximale.

Ces essais soutiennent le plan d'Airbus pour un avion zéro émission en 2035, avec décisions de conception en 2026, année du premier vol d'essai.

La combustion d'hydrogène est privilégiée, mais des piles à combustible (comme chez Toyota ou Daimler) ou des systèmes hybrides restent envisageables, note Simpson.

Airbus a dévoilé trois concepts : hélices, jet régional, et fuselage à ailes intégrées (blended wing body).

Ces designs illustrent les défis du stockage hydrogène, souligne Jayant Mukhopadhaya, analyste à l'ICCT. L'hydrogène, même comprimé, occupe 4 fois plus de volume que le kérosène.

Stocké à haute pression et basse température dans des réservoirs cylindriques, il ne rentre pas dans les ailes traditionnelles, réduisant la capacité passagers d'un tiers.

Les avions devront être repensés. Le concept blended wing body optimise l'espace et l'aérodynamisme (+10 % d'efficacité), selon Simpson.

Les premiers avions hydrogène moderniseront les designs existants, mais à terme, ils redéfiniront l'aviation, prédit Mukhopadhaya. Les deux concepts Airbus (hélices et jet régional) couvriraient un tiers des passagers-km actuels (analyse ICCT).

Les défis persistent : infrastructure limitée, coûts élevés, approvisionnement durable. Les long-courriers évolueront plus lentement.

Ces essais en vol légitimeront l'hydrogène, rapprochant l'aviation de la neutralité carbone. Rendez-vous en 2026 pour les résultats de l'A380.

Airbus teste un A380 modifié à l hydrogène : vers une aviation zéro émission []