Selon une nouvelle étude publiée dans les Actes de l'Académie nationale des sciences, l'exposition au plomb pendant l'enfance a affecté plus de 170 millions d'adultes nés aux États-Unis et vivants en 2015, entraînant une diminution du QI à l'échelle de la population.
Pour évaluer l'impact du plomb sur le QI, les chercheurs se sont concentrés sur la consommation d'essence au plomb, principale source d'exposition via les gaz d'échappement des véhicules jusqu'à son interdiction en 1996. Ils ont croisé des données historiques de recensement et des mesures de plombémie pour quantifier l'exposition des enfants américains de 1940 à 2015.
Neurotoxique, le plomb n'admet aucun seuil de sécurité selon les experts. L'étude révèle que 90 % des enfants nés entre 1950 et 1981 avaient une plombémie supérieure à 5 µg/dL, seuil fixé par les CDC jusqu'en 2021 (abaissé à 3,5 µg/dL).
Cette exposition massive se traduit par une perte moyenne de 2,6 points de QI par personne, soit 824 millions de points au total. Les générations des années 1960-1970, exposées au pic de consommation d'essence au plomb, ont subi des pertes jusqu'à 7 points de QI.
Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables aux dommages neurologiques et développementaux causés par le plomb. Aaron Reuben, doctorant en psychologie clinique à l'Université Duke et co-auteur, souligne dans un communiqué : « Des millions d'entre nous portent les séquelles d'une exposition au plomb. Contrairement à une blessure qui guérit, il s'agit d'une atteinte persistante aux multiples implications vitales. »
L'étude met aussi en lumière des disparités raciales : la plupart des adultes noirs de moins de 45 ans présentaient des plombémies « considérablement plus élevées » que leurs homologues blancs. Michael McFarland, sociologue à la Florida State University et auteur principal, envisage d'approfondir ces inégalités sanitaires, comme il l'a confié à NBC News.
Bien que le QI soit un indicateur imparfait de l'intelligence, il reste la référence pour mesurer les effets neurotoxiques de substances comme le plomb, selon les experts. Bruce Lanphear, professeur de sciences de la santé à l'Université Simon Fraser, déplore auprès de l'AP : « C'est tragique de répéter les erreurs avec les polluants chimiques – plomb, pollution atmosphérique, PFAS, phtalates – sans repenser notre réglementation. »
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