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Un fossile ancien à 10 bras révèle les origines du calmar vampire

Le calmar vampire jouit d'une réputation de créature cauchemardesque des abysses. Quand il est dérangé, ce céphalopode enveloppe son corps rouge de ses bras palmés uniques, formant un manteau noir destiné à effrayer les prédateurs. Son nom latin, signifiant « calmar vampire de l'enfer », renforce ces stéréotypes sinistres. Pourtant, cette espèce n'a rien d'un suceur de sang, d'un parasite ou d'un prédateur sanguinaire. Mieux encore, ce n'est même pas un calmar : elle est plus proche des pieuvres, avec huit bras au lieu de dix.

« J'ai toujours dit qu'il vaudrait mieux les appeler pieuvres vampires plutôt que calmars vampires. Cela simplifierait les choses pour tout le monde », explique Christopher Whalen, paléontologue et boursier postdoctoral de la National Science Foundation à l'Université Yale et à l'American Museum of Natural History (AMNH). « Ce nom persiste car, pendant longtemps, ces animaux déroutants semblaient intermédiaires entre calmars et poulpes. »

Énigmatico et considéré comme un « fossile vivant » quasi inchangé depuis des millions d'années, le calmar vampire aide les chercheurs à comprendre la divergence des grands groupes de céphalopodes actuels. Un nouveau fossile daté de 328 millions d'années, ancêtre de cette lignée, comble un maillon clé de l'évolution.

Dans une étude publiée aujourd'hui dans Nature Communications, Whalen et Neil Landman, conservateur à l'AMNH, décrivent Syllipsimopodi bideni, nouvelle espèce appartenant au plus ancien groupe connu des vampyropodes – incluant pieuvres et calmars vampires. Surprise : cet ancêtre possède dix bras, contrairement à ses descendants actuels.

Ce spécimen nageait à l'époque paléozoïque, il y a environ 330 millions d'années, dans une Amérique du Nord tropicale submergée par une baie marine comparable à la baie du Bengale. Cette région côtière antique correspond aujourd'hui au Bear Gulch dans le centre du Montana, célèbre pour ses fossiles exceptionnellement préservés. Whalen l'a découvert en étudiant des nautiloïdes de Bear Gulch aux collections du Royal Ontario Museum.

« J'ai vu que ce fossile conservait bras et appendices, ce qui est rarissime pour les tissus mous des céphalopodes fossilisés », raconte Whalen. « Au microscope, on distingue même les ventouses individuelles – une poignée de spécimens seulement en possède de préservées. »

L'analyse chimique et l'absence de deux structures anatomiques confirment son appartenance aux vampyropodes, l'un des deux groupes de céphalopodes coléoïdes à corps mou et coquille interne. La distinction principale réside dans le nombre d'appendices : huit pour les vampyropodes (pieuvres, calmars vampires) contre dix pour les décabrachia (calmars, seiches). Les chercheurs supposaient une perte progressive d'une paire de bras sur des éons.

« Le nombre de bras sépare les deux groupes. Nous pensions que huit bras étaient une perte dérivée chez les vampyropodes, sans preuve directe jusqu'ici », précise Whalen.

Le calmar vampire arbore deux filaments fins vestigiaux, comme la plupart des pieuvres. D'autres fossiles vampyropodes montrent ces filaments, mais toujours avec huit bras.

Syllipsimopodi bideni possède dix appendices fonctionnels, en faisant un « chaînon manquant ». « C'est le premier fossile vampyropode confirmé avec dix bras ancestraux, validant notre hypothèse. »

Long d'environ 12 cm, ce petit prédateur tiendrait dans la main. Whalen et Landman estiment qu'il chassait comme les calmars modernes, avec deux bras légèrement plus longs.

Un fossile ancien à 10 bras révèle les origines du calmar vampire

« Ces deux bras longs étaient peut-être déjà distincts, facilitant leur réduction ultérieure. »

Son corps étroit et torpillé évoque les calmars actuels. Il possède un gladius complet, plaque chitineuse soutenant muscles et nageoires – réduit à des stylets chez pieuvres et calmars vampires.

« Son gladius évoque plus les calmars que les pieuvres, suggérant que les premiers vampyropodes vivaient comme des calmars côtiers. »

Cette découverte, datant du Carbonifère, éclaire l'origine des vampyropodes et la divergence rapide des coléoïdes. Elle aide aussi à comprendre la résilience actuelle des céphalopodes face au réchauffement climatique, alors que les pêches explosent.

« La pêche aux céphalopodes pèse des milliards. Comprendre leur évolution est clé pour anticiper les changements climatiques. »

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