FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Norvège : euthanasie systématique des animaux confisqués en contrebande, un paradoxe de la protection CITES ?

Cet article a été initialement publié sur Sombre.

En 2010, Bjørn Åvik roulait de Suède vers la Norvège avec de l'alcool, du tabac et quatre perroquets gris d'Afrique – des oiseaux intelligents à plumage cendré qu'il comptait élever et vendre. Au lieu de déclarer sa cargaison, il évita les douanes suédoises. Une caméra de détection repéra sa voiture, qui fut contrôlée par les douanes norvégiennes.

Les agents saisirent les perroquets, faute de permis délivré par l'Agence norvégienne de l'environnement (Miljødirektoratet), autorité nationale appliquant la Convention CITES sur le commerce international des espèces menacées de faune et flore sauvages. Åvik fut condamné à 30 jours de prison avec sursis pour tentative de contrebande d'espèce protégée. Les oiseaux, en bonne santé avec une espérance de vie de 50 ans ou plus, furent euthanasiés par un vétérinaire sur ordre de l'agence, au grand dam d'Åvik qui espérait leur placement en zoo.

Sur 15 ans, la Norvège a saisi des animaux de contrebande au moins 30 fois, souvent suivis d'euthanasie. Cette pratique interroge la gestion des saisies frontalières. Experts en trafic d'espèces et militants des droits animaux accusent l'agence de tuer systématiquement ces bêtes protégées, un problème mondial.

Les directives CITES autorisent l'euthanasie en dernier recours, après tentatives de rapatriement ou relogement en zoos/refuges. Mais sans obligation légale de suivi, les autorités nationales optent trop souvent pour la mort, paradoxalement contraire à l'esprit du traité.

"C'est une façon paradoxale d'appliquer la convention", estime Ragnhild Sollund, criminologue spécialiste du sujet en Norvège depuis plus d'une décennie.

Experts et militants accusent l'Agence norvégienne de l'environnement de tuer systématiquement les animaux confisqués en voie de disparition.

Des raisons pratiques justifient parfois l'euthanasie : risques sanitaires, complexité du rapatriement, corruption dans les pays d'origine pouvant relancer le trafic, note Ronald Orenstein, zoologiste et consultant pour Humane Society International à la CITES.

La Norvège manque de zoos ou refuges dédiés ; jusqu'à récemment, la loi interdisait le rapatriement. L'euthanasie s'imposait souvent.

"La situation norvégienne fait écho à celle de nombreux pays", dit Loïs Lelanchon, responsable du programme sauvetage faune à l'IFAW. Philippines, Australie, Belgique... "Franchement, c'est partout."


Kristiansand, ville portuaire au sud de la Norvège, est une plaque tournante du trafic d'espèces. Robert Ilievski, vétérinaire au poste frontalier, a dû euthanasier une tortue de 30 ans d'espérance de vie. "C'est déchirant", confie-t-il.

Le trafic mondial d'animaux, évalué à 7-23 milliards de dollars annuels, mobilise douaniers contre réseaux sophistiqués appliquant CITES, en vigueur depuis 1975. Le traité a sauvé crocodiles du Nil ou vigognes ; aucune espèce listée n'a disparu par le commerce.

"C'est partout", dit Lelanchon.

La CITES guide sans contraindre sur le bien-être post-saisie. Une enquête 2017 auprès de 58 pays montre 6 % d'euthanasies principales, chiffre sous-estimé selon Lelanchon.

En Norvège, archives lacunaires. Sollund recense 41 euthanasies (2008-2016) : 20 perroquets gris, chat du Bengale, tarentule rose... Probablement des centaines. Seuls 20 cas à Kristiansand signalés.

Depuis 3 ans, l'euthanasie semble stoppée (Covid, loi reptiles 2017). Mais trafic reprendra, craignent les experts.

Janine Bohnhorst (Miljødirektoratet) : gestion complexe au mieux des animaux. Pas de réponse sur politique euthanasie. David Whitbourn (CITES) : pas prise à la légère, parfois conservationnellement justifiée.


Un amendement récent autorise le rapatriement si évaluation globale le permet, mais contraintes persistent (risque trafic). Zoos norvégiens, comme Kristiansand, refusent souvent : quarantaine, espace, bien-être.

Rolf-Arne Ølberg (zoo Kristiansand) : pas de centre secours, priorités internes. Espace perroquets gris plein.


D'autres pays : Australie tue serpents/tarentules 2017 ; Suède 500 lézards 2018 ; Maroc manque ressources.

Solutions : identification rapide, centres quarantaine (UK Heathrow), partenariats experts (Espagne, Pays-Bas). Éviter Philippines (339 perroquets tués par erreur). Financer via amendes trafiquants.

En Norvège, projet centre avorté par manque fonds. Sans changements, animaux doublement victimes : trafic puis euthanasie, déplore Sollund.

[]