Illuminée par des lumières magenta et bleues, la mini-serre de Harpreet Sareen ressemble à une installation de jardinage intérieur classique à New York. Mais en éteignant les ampoules, une lueur rouge douce persiste dans l'obscurité. Des nanocapteurs circulent dans les veines d'un lys de la paix, rendant sa large feuille fluorescente. Cette lueur s'estompe après quelques heures, signalant intentionnellement que la plante a absorbé du plomb toxique.
Ce lys luminescent est l'un des "cyborgs" botaniques de Sareen, des végétaux biohackés pour surveiller l'environnement. Les plantes, explique-t-il, sont des sentinelles naturelles : en absorbant les nutriments par leurs racines, elles captent aussi des polluants. "Ce sont des absorbeurs naturels de contaminants", dit Sareen, biodesigner et directeur du laboratoire d'écosystèmes synthétiques à la Parsons School of Design, où il est professeur adjoint. Il vise à exploiter ces propriétés pour alerter sur les fuites industrielles, sols contaminés et eaux polluées.
Cette idée germe dans son enfance au Pendjab des années 1990, avec la moutarde indienne Brassica juncea, utilisée en cuisine, pour l'huile et la phytoremédiation. Après des études d'ingénierie en Inde, Sareen fusionne technique et art au MIT Media Lab en 2015, redécouvrant les capacités d'absorption des métaux de plantes locales. De nombreuses "mauvaises herbes" sont en réalité des phytoremédiateurs pour mercure, plomb ou cadmium.
Sareen réalise que cette absorption peut révéler la toxicité des sols, mais sans méthode rapide de mesure. Il décide alors de "donner une voix" aux plantes en les transformant en cyborgs.
En 2018, il crée Elowan, sa première plante bionique : une pousse motorisée à roues. Des capteurs sur tige, feuilles et sol détectent les signaux de lumière et activent les moteurs pour orienter la plante vers le soleil. "Voir une plante robotisée dérange, mais attire l'attention sur ses processus internes", note Sareen.
À Parsons en 2020, il développe Argus (gardien en latin), un lys de paix bionique. Des nanocapteurs, circulant dans les canaux foliaires, virent au rouge sous laser et s'atténuent avec le plomb absorbé. Inspiré par des crises comme celle de Flint, Sareen envisage ces plantes pour détecter discrètement la toxicité domestique, contrairement aux jauges actuelles. "Des alertes en temps réel permettraient des réponses rapides", souligne-t-il.
Cette histoire a été publiée à l'origine dans le numéro métal de l'été 2022 de PopSci. Lire plus d'histoires PopSci+.