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Classification des invertébrés : le rôle clé de l'anus dans la taxonomie animale

En 1801, le biologiste français Jean-Baptiste Lamarck a divisé le règne animal en deux groupes : les vertébrés, dotés d'une épine dorsale, et les invertébrés, qui en sont dépourvus. Ces termes perdurent depuis plus de 200 ans, mais dès 1900, les scientifiques ont réalisé que cette catégorisation était imparfaite. De nombreux invertébrés, comme les étoiles de mer – qui extrudent leur estomac pour se nourrir –, sont phylogénétiquement plus proches des humains que des crustacés.

La véritable ligne de démarcation entre humains, insectes, limaces et crustacés réside en partie dans le développement embryonnaire de l'anus. Ce critère est devenu essentiel pour les taxonomistes étudiant la diversité et l'évolution animale.

Tous les animaux débutent comme une sphère de cellules en division rapide. Pour former un tube digestif, cette sphère se creuse en une fossette qui traverse jusqu'au mur opposé, formant un 'beignet'. Chez les humains et les étoiles de mer (déutérosto miens, 'bouche en second'), cette fossette devient l'anus, la bouche se formant ensuite. Chez les coquillages et crabes (protostomiens, 'bouche en premier'), c'est l'inverse.

Cette distinction sépare la plupart des animaux en deux grands clades. Tous les vertébrés sont déutérosto miens, mais les invertébrés ne rentrent pas toujours dans ces catégories. Même le manuel Invertebrates: A Synthesis rejette le terme 'invertébré', notant que la distinction vertébré/invertébré n'est ni naturelle ni nette. Les invertébrés se classent davantage par leur développement anal que par l'absence de colonne vertébrale.

C'était le cas jusqu'à récemment. 'Classiquement, les déutérosto miens étaient définis par le développement de l'anus', explique Imran Rahman, paléontologue au Natural History Museum de Londres. 'Mais certains protostomiens se développent de la même manière.' Des protostomiens comme certains brachiopodes forment d'abord l'anus. D'autres développent bouche et anus simultanément, l'embryon s'allongeant comme une crevette.

En 2016, une étude a montré que la forme intestinale résulte d'un processus subtil : la transition sphérique vers une forme allongée. Notre ancêtre commun aurait d'abord acquis une morphologie 'crevette', puis un tube digestif. Les anus (ou bouches) auraient évolué convergemment plusieurs fois.

Cela explique les cténaire (méduses en peigne), branchées précocement, sans système excréteur permanent : elles ont des 'tripes aveugles', recrachant les déchets. Pourtant, en 2016, des vidéos ont révélé un 'anus transitoire' chez ces organismes translucides, apparaissant temporairement.

Les cténaire pourraient partager un ancêtre à intestin traversant, ou avoir réinventé l'anus. Notre ancêtre présumé, Saccorhytus coronarius – un sac ridé des fonds marins sans anus mais avec pores branchiaux potentiels –, ressemble à une méduse intestinalement. Cette interprétation reste débattue, selon Rahman.

Malgré ces nuances, le terme déutérosto mien persiste, corroboré par la génomique. Le règne animal est autant défini par ses systèmes digestifs que par ses épines dorsales.

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