Les chances pour un Belge de rejoindre le nouveau corps d'astronautes de l'Agence spatiale européenne (ESA) sont minces. Pourtant, l'espoir persiste : parmi les 1 500 derniers candidats figure Barbara Versyck, anesthésiste de 34 ans originaire de Turnhout.
En Europe, devenir astronaute est plus ardu que de viser le poste de Premier ministre, de footballeur de haut niveau ou de star de cinéma. Les opportunités sont rares : depuis 1978, seuls trois appels à candidatures ont été lancés. La concurrence est féroce. Lors du dernier recrutement en mars, après 13 ans d'attente, l'ESA a reçu 22 589 candidatures, un chiffre comparable à celui du casting de K2 cherche K3 chez Studio 100.
Parmi ces 1 500 finalistes se trouve Barbara Versyck, anesthésiste à Turnhout et chercheuse à l'hôpital Catharina d'Eindhoven. Si elle réussit, elle pourrait devenir la première femme à poser le pied sur la Lune. « Nous n'en sommes pas encore là, mais je suis ravie d'être dans les 7 % restants », confie-t-elle. « Il nous faut désormais attendre les résultats des tests effectués il y a quelques semaines aux installations de l'ESA à Hambourg. »
« Pendant longtemps, l'image de l'astronaute était masculine. Les normes peuvent créer une barrière sérieuse si vous ne les correspondez pas. » Barbara Versyck
« Nous étions invités par groupes de 40 pour une série de tests sur ordinateur : exercices de mémoire, questions de mathématiques et de physique, suivis d'un test de personnalité – non annoncé au préalable. »
« Il y avait aussi une simulation de vol pour évaluer nos capacités d'orientation. Dans l'espace, les notions de haut et de bas n'existent plus. Il faut traiter rapidement de nouvelles informations. Lors de la simulation, nous devions lire l'horloge en un temps record tout en surveillant de multiples paramètres. »
Le processus comporte six phases de sélection. La première était un tri initial : sur 22 589 candidatures conformes aux critères (incluant un examen aéromédical coûteux : analyse d'urine, tests d'équilibre, bilan médical complet), 1 500 ont été retenus. L'automne dernier, ils ont tous participé à la journée de tests à Hambourg.
« Les phases suivantes incluent des tests pratiques et psychométriques individuels et en groupe, un examen médical approfondi de la condition physique et mentale, un entretien avec un panel évaluant compétences techniques et sociales, et enfin un face-à-face avec le directeur général de l'ESA, Josef Aschbacher. »
« L'équipe devrait être formée d'ici l'automne. C'est long, mais en même temps si proche. Ensuite commence la vraie aventure : formation intensive avec plongée sous-marine, vols paraboliques et entraînements techniques pour une carrière de 20 ans. »
« L'astronaute est un chercheur, et la Station spatiale internationale (ISS) son laboratoire. La microgravité et l'orbite terrestre permettent des expériences uniques sur les effets à long terme de l'espace. Certaines études sont autonomes, d'autres liées à la présence de l'astronaute. »
« Avoir quelqu'un à bord capable de soutenir les fonctions vitales n'est pas un luxe inutile. » Barbara Versyck
« Parfois, une EVA (activité extravéhiculaire) est requise pour des réparations ou de la maintenance. Sinon, la routine inclut 2 heures d'entraînement quotidien pour préserver la masse musculaire. Sur l'ISS, lever et coucher de soleil toutes les 2 heures perturbent le rythme circadien. »
« Et parfois, on s'assoit aux toilettes pour admirer la Terre à travers le dôme (rires). »
« La formation procure une sérénité : on comprend le fonctionnement des fusées, les sensations en capsule. On compte sur les processus, le matériel et l'équipe. Le sentiment de contribuer à la science donne du courage. »
« L'ESA a encouragé les candidatures féminines : mention explicite, photo d'une femme dans l'annonce. L'image masculine de l'astronaute freinait auparavant. Cette année, l'appel s'ouvre aussi aux personnes en situation de handicap. »
« Scientifiquement, les femmes ont des atouts : corps plus léger, moindre consommation calorique, meilleure tolérance spatiale. Mais pourquoi pas d'équipage 100 % féminin ? L'ESA sélectionne sur mérite. Le genre n'est pas décisif, mais voir des modèles féminins motive les candidatures. »

« Oui : aux soins intensifs, je gère ventilation et fonctions vitales face à diverses pathologies. En espace, la respiration et le corps sont altérés par la microgravité. Un soutien médical embarqué est essentiel. »
Pour les missions Lunaire ou Martienne, des procédures inédites seront nécessaires : analgésie, gestion de calculs rénaux au-delà des simples médicaments. Ma thèse sur l'anesthésie locorégionale – sans ventilateur – est idéale pour les contraintes spatiales.
« Ils sont enthousiastes ! J'ai évoqué les appendicectomies préventives pour missions lointaines avec un chirurgien : il m'a promis de m'opérer gratuitement si je suis sélectionnée. C'est ça, les collègues ! »
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