Eos : le rédacteur en chef Dieter De Cleene a participé à un vol parabolique cette semaine. Il a vécu une vingtaine de secondes d'apesanteur une trentaine de fois. Récit de son "vol spatial".
« 5...4...3...2...1, pull-up ! » L'Airbus 310 décolle puissamment et nous plaque au sol de l'avion. Tandis que nous contractons nos muscles pour maintenir le sang dans nos têtes, le pilote annonce : « 30°...40°... injection ! » Les 20 secondes d'apesanteur débutent : une sensation indescriptible. Pour 6 000 euros, Novespace propose aussi des vols commerciaux paraboliques. Avant que vous ne réalisiez, le pilote reprend : « 20°...30°...décollez ! ».
La descente raide nous fait peser 160 kg. À "30°" – quand l'avion pique à 30 degrés – il faut s'accrocher fermement pour éviter de heurter le sol. Après quelques paraboles, notre teint pâle inquiète les équipiers de Novespace en combinaisons orange. Ils veillent sur les chercheurs qui n'ont pas eu le temps de s'ancrer.
Tout va bien ? Oui, grâce à la scopolamine injectée, qui prévient les nausées mais assèche la bouche. Le véritable défi survient avant et après l'apesanteur. Une fois détendus, un regard distrait et la parabole suivante nous trouve prêts avec un sac... heureusement inutilisé. Un collègue n'a pas eu cette chance la veille.
L'éléphant volant
Ces 20 secondes sont intenses : exercices physiques, lancements de mini-satellites, études cardiaques et cérébrales... Sous le regard des mascottes flottantes comme notre éléphant bleu. Puis, cloués au sol, quelques minutes pour se repositionner avant la suivante.
Les chercheurs profitent rarement pleinement de la "zone de flottement libre", mais les selfies et vidéos fusent. Vladimir Pletser, ingénieur physicien senior à l'ESA avec plus de 6 800 paraboles à son actif, guide comme chez lui. Les scientifiques tournoient, captivés par ses démonstrations. Qui dit que la science est ennuyeuse ?
[]