La quête incessante de positivité peut devenir toxique lorsqu'elle invalide nos émotions légitimes.
ntkris/Shutterstock
Sur Facebook ou Instagram, les citations motivantes pullulent : « Il suffit de voir le bon côté des choses » ou « Sois positif ! ». Si certaines inspirations sont bienvenues, d'autres, amplifiées par la pandémie comme « Ça va bien aller », peuvent aggraver la détresse. Ces mantras relèvent souvent de la positivité toxique : l'idée qu'on doit toujours adopter une attitude positive, même face aux épreuves.
Étudiante au doctorat en psychologie (profil scientifique-professionnel) à l'UQAM, je me spécialise dans ma thèse sur les symptômes intériorisés (dépression, anxiété, retrait social) et extériorisés (comportements délinquants, impulsifs). J'étudie les impacts néfastes de l'invalidation émotionnelle et l'importance de vivre pleinement ses émotions négatives.
New Africa/Shutterstock
Quand quelqu'un exprime ses sentiments, il cherche validation : compréhension et acceptation de son vécu émotionnel. L'invalidation, au contraire, ignore, nie ou rejette ces émotions.
De nombreuses études confirment ses effets délétères. Les personnes invalidées chroniquement risquent davantage de symptômes dépressifs et ont du mal à réguler leurs émotions.
Ce phénomène réduit la flexibilité psychologique : la capacité à tolérer pensées et émotions difficiles sans évitement excessif. Une forte flexibilité permet de traverser les crises sereinement.
Exemple concret, tiré de l'étude Processes underlying depression: Risk aversion, emotional schemas, and psychological flexibility (Leahy, Tirch et Melwani) : après une rupture, un jeune homme validé par son ami normalise sa colère, tristesse et confusion, favorisant la guérison. Un autre, invalidé, refoule ses émotions, menant à anxiété et dépression.
L'évitement émotionnel, souvent encouragé par l'entourage bien intentionné, amplifie les retours de bâton : émotions plus intenses et récurrentes.
Nous ne sommes pas câblés pour la positivité permanente. Notre cerveau privilégie les souvenirs négatifs, vestige évolutif pour anticiper les dangers. Comme expliqué dans Bad is stronger than good, les ancêtres vigilants survivaient mieux, transmettant ce biais de négativité.
Ce biais se manifeste en quatre formes, dont la différenciation négative : vocabulaire plus riche pour décrire le négatif (douleur vs plaisir). Les stimuli négatifs sont perçus comme plus nuancés ; parents décodent mieux les pleurs des bébés que leurs joies.
Les émotions négatives sont inhérentes à l'humain, aussi vitales que les positives.
Pour soutenir quelqu'un, écoutez et validez : « On dirait que tu as eu une dure journée » ou « C'était difficile, hein ? ».
La vraie positivité valide avant d'encourager : « Il est normal de te sentir ainsi après un tel événement ; explorons-en le sens ensemble. » Évitez : « Arrête de voir le négatif, pense positif ! ».
Si besoin, orientez vers un professionnel de la santé mentale.
Andrée-Ann Labranche, Candidate au doctorat en psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Version originale publiée sur La Conversation.
[]