FRFAM.COM >> Science >> Santé

Roche au cœur de la polémique Tamiflu : appel à la transparence des données cliniques

Le conflit entre les scientifiques et la société pharmaceutique Roche atteint son paroxysme.

Roche au cœur de la polémique Tamiflu : appel à la transparence des données cliniques

« Les gouvernements européens devraient poursuivre Roche et les médecins boycotter l'entreprise ». Tels sont les mots de Peter Gøtzsche, directeur du Nordic Cochrane Center à Copenhague. Il espère que Roche sera contrainte de publier toutes les données de recherche sur l'inhibiteur de la grippe Tamiflu.

La Cochrane Collaboration, réseau international de scientifiques, évalue l'efficacité et la sécurité des traitements pour guider les médecins. Pour le Tamiflu, cela reste impossible en raison d'un long conflit avec Roche sur la publication des études cliniques.

Qu'est-ce que le Tamiflu ? L'oseltamivir est présenté comme un rempart contre les pandémies grippales. Plusieurs gouvernements ont investi des milliards d'euros en stocks. Pourtant, de nombreux experts doutent de son efficacité et pointent des effets secondaires sous-estimés. Roche est accusée de dissimuler des données négatives.

La revue British Medical Journal (BMJ) soutient les chercheurs Cochrane et lui dédie un site Web spécial. Sa rédactrice en chef, Fiona Godlee, s'étonne que les contribuables financent un médicament dont seules les données du fabricant sont connues. Chris Del Mar, du groupe Cochrane sur les infections respiratoires, prévient : « Sans toutes les données, nous ignorons si le Tamiflu est utile, inutile ou dangereux. »

Roche a rejeté ces accusations en octobre, affirmant avoir fourni 3 200 pages aux chercheurs. Elle reproche à ces derniers de refuser un accord de confidentialité. Roche dit également respecter ses obligations légales et avoir transmis toutes les infos aux autorités. Les scientifiques contestent : l'EMA manque de données sur au moins 15 études.

Pas un remède miracle
Marc Van Ranst, virologue à la KU Leuven, suit le débat. « Pour une publication totale, il faut changer la loi. L'EMA doit avoir accès à tout. » Dans une lettre ouverte au BMJ, Gøtzsche s'interroge sur le refus de Roche. Lors d'une conférence au Parlement européen, il a comparé le Tamiflu à l'aspirine. Van Ranst nuance : « Il a un effet antiviral, mais limité aux 48 premières heures. En Belgique, on l'utilise peu, contrairement à d'autres pays. »

La Commission européenne prépare une directive pour plus de transparence, mais Gøtzsche la juge insuffisante car limitée aux résumés.

Plus d'infos dans le prochain Eos :
La médecine est malade

Des études mal conçues, des résultats cachés, un marketing agressif et des conflits d'intérêts nuisent aux patients. Découvrez-en plus dans le prochain Eos, en kiosque dès le 22 novembre.

[]