Pour de nombreux patients atteints de maladies graves comme la leucémie, le don de cellules souches représente un espoir vital, souvent la différence entre la vie et la mort. Mais comment procède-t-on exactement ? Et pourquoi avons-nous besoin de tant de donateurs ?

Un appel lancé début janvier par une journaliste de l'hebdomadaire Humo sur Facebook a mobilisé la Flandre pour s'inscrire massivement comme donneurs de cellules souches. La vie de son compagnon, atteint d'un lymphome, en dépendait. L'afflux a submergé la Croix-Rouge, tant sur le plan organisationnel que financier. L'INAMI avait prévu un budget pour 10 000 inscriptions sur cinq ans, mais plus de 2 000 ont été enregistrées en deux semaines seulement. Chaque inscription coûte 400 euros. Bien que la Croix-Rouge ait puisé dans ses réserves ces dernières années, elles ne sont pas illimitées. La ministre de la Santé, Laurette Onkelinckx, promet une évaluation complète de la politique cette année. Son cabinet et la Croix-Rouge flamande s'engagent à absorber cet afflux soudain.
Comment fonctionne concrètement le don de cellules souches ? Comment une petite quantité de sang peut-elle sauver une vie ? Et pourquoi tant de donateurs sont-ils nécessaires ?
Considérons un patient leucémique : ce cancer du sang voit des cellules malignes envahir la moelle osseuse, l'« usine à sang » du corps. Celle-ci abrite des milliards de cellules souches qui produisent globules rouges (transport d'oxygène), globules blancs (défense contre infections) et plaquettes (coagulation). Une chimiothérapie vise à éradiquer ces cellules cancéreuses, mais elle peut ne pas suffire : les malignes réapparaissent, et les cellules saines restantes sont trop peu nombreuses pour assurer la survie. L'espoir réside alors dans une greffe de cellules souches saines d'un donneur, capables de se multiplier indéfiniment.
Compatibilité parfaite
Les cellules souches s'introduisent par simple transfusion sanguine. Elles migrent vers la moelle osseuse (sternum, crête iliaque) pour s'y implanter et reprendre la production sanguine.
Mais trouver un donneur compatible est un défi majeur, lié au typage HLA (Human Leukocyte Antigen), marqueur unique sur nos cellules. Le système immunitaire distingue ainsi le « soi » des « non-soi » pour combattre infections et virus. Ici, une incompatibilité provoque un rejet. « Comme pour une greffe d'organe, le typage HLA doit matcher au mieux, mais pour les cellules souches, la compatibilité doit être parfaite », explique le Dr Anne Vanhonsebrouck, directrice du registre belge des cellules souches.
Hérité des parents, ce typage rend les frères et sœurs compatibles dans 1 cas sur 4 en moyenne. « Mais avec des familles plus petites, on cherche souvent des donneurs non apparentés. Avec des dizaines de milliers de types HLA, la probabilité tombe à 1 sur 50 000 », ajoute-t-elle.
« Plus il y a de donneurs en bonne santé, meilleures sont les chances », souligne le Dr Martine Baeten, directrice médicale de la Croix-Rouge belge Flandre. Beaucoup seront rayés avec l'âge : les inscrits de 1988 (création du registre) approchent 45-50 ans ; au-delà de 60 ans, ou post-don (sauf exception), exclusion.
Inscription d'abord, don ensuite
Contrairement au don de sang classique, l'inscription n'implique pas un don immédiat : elle enregistre vos données. L'appel peut survenir après des mois comme 20 ans, ou jamais. Un questionnaire médical évalue l'aptitude (antécédents familiaux, risques infectieux comme hépatite, VIH, syphilis). Un consentement éclairé suit, puis un prélèvement sanguin pour typage HLA.
Seul un match mondial parfait déclenche tests approfondis. Sur 300 appels annuels, une quinzaine aboutissent à un don. Le registre belge collabore avec 62 pairs mondiaux, couvrant 13 millions de profils. Avec 120-130 greffes annuelles en Belgique, 95 % impliquent des donneurs étrangers ; nos donneurs aident aussi à l'international.
Facteurs de croissance
Les cellules souches résident dans la moelle ; pour les mobiliser dans le sang, 4-5 jours d'injections de facteurs de croissance précèdent le don. Une aphérèse (3-4 heures) sépare les cellules via centrifugeuse : sang pompé d'un bras, cellules extraites, reste réinjecté.
60 % des patients survivent à leur maladie après greffe de cellules souches.
Effets secondaires temporaires : fatigue, maux de tête, douleurs, fièvre (facteurs) ; picotements (citrate). Pas de risques à long terme connus, et plus sûr que l'ancienne ponction médullaire sous anesthésie.
Les 40 % d'échecs ? Infections (post-chimiothérapie/radiothérapie destructrice des défenses, CMV courant), ou maladie du greffon contre l'hôte (attaque par cellules du donneur). Quarantaine stérile 2-3 semaines en attente d'implantation.
Sang de cordon ombilical
Moins de rejets avec le sang de cordon (cellules immatures). Dose insuffisante seule pour adultes, mais combinable. Quatre banques belges collectent avec consentement parental. (Article Eos n°2/2010, mis à jour)
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