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Cigarettes électroniques : à quel point sont-elles sûres ? L'OMS appelle à une régulation stricte

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) exhorte à adopter des règles plus strictes pour les cigarettes électroniques dans son dernier rapport. Quels sont les vrais risques du "fumer sans fumée" ?

Cigarettes électroniques : à quel point sont-elles sûres ? L OMS appelle à une régulation stricte

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise des règles plus strictes pour les cigarettes électroniques dans un nouveau rapport. Qu'y a-t-il de si malsain à fumer sans fumée ?

La publicité pour les cigarettes a été interdite à la télévision aux États-Unis dès 1971, mais une alternative se présentant comme plus saine est encore diffusée en prime time. Début d'année, la cigarette électronique (ou e-cigarette) a fait sensation lors du Super Bowl et des Golden Globes. Selon les sondages récents, environ 60 % des Américains connaissent cette élégante cousine sans fumée de la cigarette traditionnelle.

Le concept est ingénieux : tout le plaisir de la cigarette classique sans les risques associés. Dans une petite spirale chauffée de l'e-cigarette, un liquide contenant de la nicotine s'évapore. Inhalée, cette vapeur procure la même satisfaction qu'une cigarette ordinaire, sans exposition au tabac qui, brûlé, produit du goudron cancérigène. Aux États-Unis, les vapoteurs ne sont pas obligés de sortir par temps froid ou pluvieux, et l'e-cigarette échappe souvent aux interdictions de fumer en lieux publics.

Cela ne signifie pas que les cigarettes électroniques sont inoffensives. La nicotine qu'elles contiennent est addictive. De plus, elles risquent d'attirer d'anciens fumeurs vers les cigarettes classiques, d'exposer utilisateurs et passants à des dangers inédits, et de servir de porte d'entrée pour les adolescents vers le tabac et d'autres substances.

En Europe comme en Amérique, les autorités luttent avec de multiples questions pour légiférer. Malheureusement, elles doivent trancher avant d'avoir tous les faits. Un accès libre expose à des risques sanitaires inconnus, tandis que des restrictions trop sévères pourraient nuire à ceux qui cherchent à arrêter le tabac traditionnel.

Premières bouffées

La version moderne de l'e-cigarette a été inventée en 2003 par le pharmacien chinois Hon Lik. Le boom aux États-Unis date d'il y a sept ans. Un brevet pour une "cigarette sans fumée ni tabac" existait déjà en 1965, sans succès commercial.

Initialement, la FDA voulait classer l'e-cigarette comme dispositif médical. Le fabricant NJOY a contesté, arguant qu'elle relevait des produits du tabac. En décembre 2010, la justice a donné raison à NJOY, ouvrant la voie à la commercialisation, mais laissant de nombreuses questions sur la sécurité en suspens.

À la place du tabac cancérigène, les e-cigarettes contiennent généralement nicotine, arômes et propylène glycol – un liquide synthétique utilisé dans aliments, cosmétiques et médicaments pour retenir l'humidité. La nicotine est addictive et potentiellement dommageable pour le système immunitaire. Le propylène glycol est jugé sûr par la FDA pour ingestion ou application cutanée (depuis 1997), mais son inhalation reste mal étudiée.

Par exemple, bien que comestible en toute sécurité (gâteaux, sodas), inhaler du propylène glycol pourrait irriter les poumons, comme la farine. L'ATSDR note un manque de données sur l'inhalation chez l'humain ; les rares études concernent des animaux.

Les vapeurs des cigarettes électroniques contiennent des substances cancérigènes et de minuscules particules d'étain, chrome et nickel.

Au-delà des ingrédients principaux, le chauffage génère des cancérigènes et nanoparticules métalliques (étain, chrome, nickel) issues des soudures ou résistances. Ces particules fines peuvent pénétrer profondément les poumons, aggravant asthme, bronchite ou emphysème. Les données manquent pour quantifier ces risques.

'Essai clinique'

L'été dernier, Craig Weiss de NJOY a vanté la sécurité des e-cigarettes sur la radio publique, citant des "essais cliniques" à venir. Scientific American a reçu un protocole d'étude limitée sur la réduction tabagique à court terme – loin des standards des grands essais médicaux. Joshua Rabinowitz, scientifique en chef de NJOY, admet : "Ce n'est pas une étude pour approuver un médicament."

QUI veut l'interdiction

Selon l'OMS, les e-cigarettes ne devraient pas être vapotées en intérieur (risque de "vapeur passive"), la publicité doit être limitée, les saveurs attractives (boissons, fruits, bonbons) interdites, et la vente aux mineurs prohibée. L'OMS s'inquiète aussi de l'implication des géants du tabac. Aucune preuve scientifique ne confirme leur efficacité pour arrêter de fumer. Aux États-Unis, vente aux moins de 18 ans interdite, avec exigence d'avertissements et étiquetage. La NVWA néerlandaise a relevé que 7 recharges sur 10 manquent d'avertissements toxiques obligatoires (symbole de crâne).

Combler les lacunes scientifiques est ardu : pas de standard pour la quantité de vapeur inhalée, difficulté à tracer les métabolites du propylène glycol.

Les e-cigarettes séduisent les adolescents : aux États-Unis, usage lycéen doublé (4,7 % en 2011 à 10 % en 2012, CDC). Elles mènent souvent au tabac, avec saveurs enfantines (chocolat, gomme) vendues librement en ligne ou malls. 40 procureurs généraux US demandent une régulation immédiate.

Far West

Les États-Unis traînent en législation claire. Au Canada, vente de e-liquides nicotinés interdite en magasin (mais laxiste, achats en ligne possibles). En Europe, le Parlement a approuvé l'interdiction publicitaire (entrée en vigueur mi-2016).

"C'est le Far West pour les fabricants", dit Stanton Glantz (UC San Francisco). Sans contrôle qualité, contenu imprévisible. Les opposants craignent un retour au tabac classique.

Pendant ce temps, les majors du tabac investissent massivement. Plus de 100 marques se disputent le marché, vendant l'e-cigarette comme alternative saine. Mais sa sécurité reste entourée de mystère.

Ceci est une mise à jour d'un article paru précédemment dans Eos (mai 2014).


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