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Fertilité masculine : l'homme est-il encore vraiment fertile ? Mythes et réalités

On estime que 15 % des couples ne conçoivent pas spontanément dans l'année. Dans la moitié des cas, l'homme est en cause. La pollution environnementale et le mode de vie impactent la qualité du sperme.

Selon l'endocrinologue Guy T'Sjoen de l'UZ Gent, les couples consultent souvent un gynécologue en dernier recours, alors que le seuil pour un andrologue est injustement élevé. « Sur 100 couples infertiles, un tiers concerne l'homme, un tiers la femme et un tiers les deux », explique-t-il.

Contrairement au mythe, les hommes ne restent pas fertiles à vie. Après 35 ans, la qualité du sperme diminue, comme le nombre d'ovules chez la femme. Les pères âgés bénéficient souvent des ovules sains de partenaires plus jeunes.

Les examens féminins sont invasifs (échographies, hystéroscopie, HyFoSy), tandis qu'un simple spermogramme suffit pour l'homme. Tester d'abord la fertilité masculine évite à la femme des épreuves inutiles.

Sonnerie d'alarme

La responsabilité masculine dans 50 % des infertilités n'est pas seulement liée à l'âge. Les jeunes hommes sont aussi touchés. En 1992, Niels Skakkebaek et Elisabeth Carlsen ont analysé 61 études (1938-1991, 14 977 hommes) montrant un déclin de 113 à 66 millions de spermatozoïdes/ml entre 1940 et 1990.

Cette étude a été critiquée pour ses méthodes hétérogènes. Usha Punjabi (UZ Anvers) souligne les variations inter-laboratoires dues aux chambres de comptage, au timing ou à la perte de la première goutte. Les profils des hommes (donneurs, patients) et l'abstinence (OMS : 2-7 jours optimaux) n'étaient pas standardisés.

Recherches standardisées

Aucune étude définitive ne confirme un déclin global, mais des travaux standardisés le suggèrent. L'étude de Matthieu Rolland (Institut de Veille Sanitaire, France, 2014) sur 26 609 hommes (1989-2005) montre une baisse de 73,6 à 49,9 millions/ml, malgré une motilité améliorée (48,2 % à 53,6 %).

En 2023, Wenbing Zhu (Université du Hunan) analyse 30 636 donneurs (2001-2015) : spermatozoïdes de 68 à 47 millions/ml, mobiles de 34 à 21 millions, morphologie de 31,8 % à 10,8 %. Seuls 17,8 % aptes en 2015 vs 55,8 % en 2001.

Cause d'inquiétude

Remi affiche 41 millions/ml (normal OMS >15 millions), mais Ahmed Mahmoud (UZ Gent) alerte : sous 40 millions, les chances chutent (Jens Peter Bonde). Sa motilité (<32 %) et morphologie (<4 %) sont insuffisantes. L'ADN spermique endommagé accroît fausses couches, malformations et troubles (autisme, cancer).

Environnement et mode de vie

Les perturbateurs endocriniens (pesticides, plastifiants, retardateurs de flamme) mimiquent les œstrogènes, altérant le développement fœtal des testicules. Conséquences : hypofertilité, cryptorchidie, hypospadias, cancers (Gert Dohle, Erasmus MC).

Mode de vie : arrêter tabac/alcool/cannabis/stéroïdes, sport, alimentation saine, poids idéal, anti-stress. Éviter chaleur testiculaire. Mesures sociétales nécessaires contre pollutions.

Sélection naturelle

Après 2 ans, 90-95 % conçoivent spontanément. Pour les autres, FIV/ICSI bypassent la sélection naturelle, risquant transmission de l'infertilité. Herman Tournaye (UZ Jette) compare fils ICSI (17,7 millions/ml) vs spontanés (37 millions) : qualité réduite, mais multifactorielle (génétique, environnement).

Remi a adopté un mode de vie sain ; ils tentent naturellement un an de plus.

Les couples doivent tester d'abord l'homme pour épargner à la femme des examens invasifs.Guy T'Sjoen

Eva (33 ans) et Remi attendent en consultation après 2 ans d'échecs.

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