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Les dangers du coup de tête au football : quel impact sur le cerveau ?

Les enfants et les jeunes doivent être particulièrement prudents, alerte la médecin et neuroscientifique Inga Katharina Koerte dans Eos Psyche&Brain.

Que se passe-t-il dans le cerveau lors d'un coup de tête ?

Les images au ralenti le montrent clairement : le joueur anticipe l'arrivée du ballon, se prépare, contracte ses muscles et saute. Les muscles du cou se tendent pour stabiliser la tête et atténuer le mouvement de balancement causé par l'impact.

Le joueur privilégie le front, à la racine des cheveux, pour frapper la balle en contre-direction, imprimant ainsi de la puissance. À l'impact, le cerveau, flottant dans le liquide céphalo-rachidien, subit un choc. Les axones se compriment et s'étirent. Protégés par une gaine de myéline semblable à l'isolant d'un câble électrique, ces axones et leur protection peuvent être endommagés.

Si la membrane cellulaire est trop étirée ou rompue, des ions calcium affluent dans la cellule cérébrale, stoppant son alimentation énergétique. Pour un choc léger, la transmission des signaux est temporairement interrompue ; pour un choc plus violent, elle s'arrête définitivement. Si plusieurs cellules sont touchées simultanément, l'athlète ressent vertiges, nausées, maux de tête et pertes de mémoire : une commotion cérébrale.

En cas de choc extrême, le cerveau heurte les parois osseuses du crâne, provoquant des saignements.

Lésions cérébrales permanentes ?

Pour évaluer cela, nous avons examiné 16 anciens footballeurs professionnels âgés en moyenne de 50 ans, ayant joué au moins une saison en 1re, 2e ou 3e division de Bundesliga. Leur matière grise était réduite dans de nombreuses zones par rapport à des sportifs de sports sans contact comme la natation ou le tennis de table. (La matière grise inclut les corps cellulaires et traite l'information, NDLR).

Deux gardiens de but ont aussi participé : moins exposés aux coups de tête, ils présentaient des altérations moindres. Cela confirme que la perte de matière grise résulte des en-têtes répétés, et non du football en soi ou du mode de vie associé.
Une commotion n'est pas nécessaire pour des dommages durables. Même sans symptômes visibles, les en-têtes modifient la microstructure de la matière grise et blanche.

Leçons du pro pour l'amateur ?

C'est délicat. La fréquence et la technique des en-têtes comptent. Les pros, avec des muscles cervicaux plus forts, absorbent mieux les chocs qu'un amateur. Un en-tête contrôlé est moins risqué qu'une collision imprévue.

En football américain, des capteurs dans les casques mesurent précisément les accélérations : énergie, direction, durée, intervalle. Ces données, corrélées aux IRM, révèlent les impacts sur matière grise et blanche.

Qui est le plus vulnérable ?

Les femmes risquent plus les commotions, avec des symptômes plus longs. Les enfants aussi : tête disproportionnée, oscillations cérébrales amplifiées.

Les enfants frappent moins fort pourtant.

Vrai, mais leur cerveau est plus fragile. En 2015, chez des footballeurs américains, ceux commençant avant 12 ans montraient plus d'altérations de la substance blanche – phase critique de 10-12 ans. Les seniors, avec muscles cervicaux affaiblis, sont aussi à risque.

Impact sur les fonctions cognitives ?

Le sport booste le cerveau. Après endurance pure, boxeurs et footballeurs performent comme les témoins. Mais après en-têtes ou coups à la tête, non.

L'équipe d'Anne Sereno (Université du Texas) a testé des joueuses ado : tâche de réaction sur tablette avant/après entraînement. Après beaucoup d'en-têtes, performances en baisse vs. témoins : réactivité réduite. Idem pour boxeurs.

Interdire les en-têtes chez les jeunes ?

Aux USA, limite de lancers au baseball protège les coudes. Même logique pour en-têtes. Débuter à 14 ans ? (USA interdit <10 ans ; Flandre adapte pour jeunes, NDLR.)

Pas de seuil précis scientifiquement validé. Le sport est vital pour les enfants. Usons le bon sens jusqu'aux données chiffrées.

Pour seniors : sortie immédiate en cas de suspicion de commotion. Souvent négligé chez pros. Action rapide guérit vite. Micro-lésions cumulées diffèrent des commotions aiguës.

Conséquences à long terme ?

Anciens pros : scores moindres en mémoire/concentration. Certains développent encéphalopathie traumatique chronique (syndrome du boxeur) : démence-like, troubles mémoire, humeur, impulsivité, suicides. Cas sans commotions, juste en-têtes répétés.

Facteurs : génétique, âge, sexe, immunité. Nous étudions profils à risque, détection/prévention. Même asymptomatiques pros montrent anomalies (cortex aminci) : prémices de démence future ?


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