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La recherche sur le cancer est-elle fiable ? L'affaire Van Gool et les défis de la reproductibilité

L'affaire du cancérologue Stefaan Van Gool de Louvain soulève de sérieuses interrogations sur la fiabilité de la recherche en cancérologie. Les études douteuses sont-elles des cas isolés ou révèlent-elles un problème structurel ?

Divers médias ont rapporté comment Stefaan Van Gool (KU Leuven), cancérologue renommé, a géré ses recherches de manière laxiste, violant non seulement le code déontologique mais aussi les protocoles expérimentaux, ce qui compromet gravement la validité de ses résultats.

La recherche sur le cancer est-elle malade du même mal que la psychologie ?

Ce n'est pas un cas isolé. En 2012, des chercheurs d'Amgen ont tenté de reproduire 53 études "révolutionnaires" sur le cancer : seulement 6 ont réussi, soit un échec dans 47 cas. Lancé en 2013, le Reproducibility Project: Cancer Biology vise à vérifier la solidité de ces travaux.

Des scientifiques impliqués dans de nombreuses études publiées dans Nature, Science ou Cell ont testé leur reproductibilité. Au début de l'année, les premiers résultats sur 5 études indiquent : 2 succès, 1 échec et 2 résultats ininterprétables.

En 2015, le projet de reproductibilité en psychologie avait déjà révélé des failles majeures : sur 100 études, seules 39 ont pu être reproduites. La cancérologie souffre-t-elle des mêmes maux ?

Lunettes roses

"Il y a clairement un problème", affirme René Medema, directeur de l'Institut néerlandais du cancer. Selon lui, la difficulté à répliquer les études pionnières s'explique souvent par une complexité technique. Les nouvelles découvertes impliquent fréquemment des techniques inédites, et la réussite dépend de leur application précise par d'autres équipes. "Les détails méthodologiques ne sont pas toujours rapportés avec suffisamment de précision", note Medema. "Cela complique les réplications."

Cependant, des résultats variables ne sont pas nécessairement anormaux, tempère Eric Van Cutsem, oncologue à la KU Leuven et président de la Fondation contre le Cancer. "Nous étudions des systèmes biologiques complexes, influencés par de multiples variables. C'est comparable à un match de football entre deux équipes inégales : la meilleure gagne plus souvent, mais pas toujours."

Un scientifique est pressé de confirmer son hypothèse. La tentation de 'massage' des données surgit alors.

De plus, les chercheurs en cancérologie, comme tous les scientifiques, subissent une forte pression pour publier. "Les résultats sont parfois interprétés avec un enthousiasme excessif", explique Medema. "Un chercheur est impatient de valider son hypothèse." Cela peut mener à 'massacrer' les données, à ignorer les résultats négatifs ou à des erreurs statistiques qui simulent une découverte fortuite.

Au-delà de la pression publicationnelle et carriériste, l'urgence de soigner les patients et de vaincre une maladie dévastatrice colore les lunettes en rose. "La quête de nouveautés est intense, et l'enthousiasme partagé", observe Simon Van Belle, oncologue à l'UZ Gent. "Même les pairs évaluateurs y sont sensibles. C'est humain."

Déchets

S'appuyer sur des recherches non reproductibles gaspille temps et argent pour scientifiques et pharmaceutiques. Comment y remédier ? "Il faut changer la conduite et la description des recherches", plaide Guillaume Macor, coordinateur d'un programme NWO finançant spécifiquement des études de réplication.

"Les revues devraient accorder plus d'espace aux méthodes détaillées, ou les publier en ligne. Elles peuvent aussi imposer des guidelines qualité, comme certains le font déjà", poursuit Macor.

Nous jugeons encore les chercheurs plus sur la quantité que sur la qualité.

Inspiré de la crise en psychologie, où l'accès aux données brutes est préconisé pour les évaluateurs, Macor appelle à plus d'ouverture en cancérologie. "Le monde scientifique doit valoriser la transparence."

Les financeurs et universités doivent aussi évoluer. "Il faut repenser l'évaluation des chercheurs, trop axée sur la quantité au détriment de la qualité", conclut Macor.


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