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Prix des médicaments : combien devraient-ils vraiment coûter ? Analyse experte

Les médicaments sont-ils trop chers ? Julien Brabants, directeur de GlaxoSmithKline Belgium, alerte sur les prix exorbitants. Décryptage des mécanismes et solutions.

Prix des médicaments : combien devraient-ils vraiment coûter ? Analyse experte

Les médecins et les mutualités s'inquiètent depuis longtemps de l'accessibilité des médicaments. Julien Brabants, directeur de GlaxoSmithKline Belgium, les rejoint dans une tribune publiée dans De Standaard. « Les laboratoires pharmaceutiques font tout pour imposer des prix exorbitants à leurs nouveaux produits. »

Sovaldi, traitement contre l'hépatite C de Gilead, est remboursé en Belgique depuis le 1er janvier 2015 et aux Pays-Bas depuis le 1er novembre 2014. Ce médicament innovant guérit plus de 90 % des patients (contre 50-60 % pour les anciens traitements) avec peu d'effets secondaires. Pourtant, son prix suscite la controverse : une boîte de 28 comprimés coûte environ 13 600 euros (prix officiel, le tarif négocié restant secret – voir encadré).

Le traitement standard de 12 semaines dépasse ainsi 40 000 euros, et peut doubler en cas de durée prolongée. Remboursé uniquement pour les cas graves (atteinte hépatique avancée), il concerne environ 9 000 patients en Belgique sur 70 000 porteurs du virus. Les experts s'interrogent sur son impact global face à ce coût élevé. Aux États-Unis, où 3 millions de personnes sont infectées, Sovaldi est surnommé « la pilule à 1 000 dollars » (84 000 dollars pour 12 semaines).

Le marketing absorbe parfois deux fois plus de budget que la recherche et développement.

Comment les laboratoires fixent-ils leurs prix ? Ils invoquent les coûts élevés de R&D (jusqu'à 1,5 milliard d'euros selon Nefarma, incluant échecs et études cliniques) et les marchés de niche. Mais Huub Schellekens, professeur de biotechnologie à l'université d'Utrecht, démystifie : « Les entreprises demandent ce que le marché est prêt à payer. »

Coûts gonflés ?
Les estimations varient : de centaines de millions à un milliard d'euros. Critiques : inclusion de « coûts d'opportunité » (profits manqués) et marketing surdimensionné. Schellekens compare : « C'est comme si un boulanger doublait le prix de son pain à cause des fournées brûlées. »

Les laboratoires rechignent à divulguer leurs chiffres, qualifiés de « sensibles à la concurrence ». Francis Arickx (INAMI) plaide pour plus de transparence : « J'ai rarement vu une justification claire. »

Prix des médicaments : combien devraient-ils vraiment coûter ? Analyse experte

▲ « Le monde universitaire devrait investir plus dans le développement de médicaments. »

Exemple : l'anticancéreux imatinib (Glivec de Novartis) est passé de 30 000 à 90 000 dollars/an aux États-Unis (2001-2012), malgré un élargissement des indications. En Europe, les contrôles ont limité les hausses.

Henk-Jan Guchelaar (Leiden) souligne : « Le prix dépend de l'absence d'alternatives. » Comme pour l'ipilimumab (Yervoy), à 84 000 euros/traitement.

Sovaldi, acquis par Gilead pour 11 milliards de dollars après 62 millions investis par Pharmasset, a généré 8,6 milliards en neuf mois. Gilead justifie par la valeur thérapeutique et les économies à long terme (moins de greffes).

Valeur vs coût
Lieven Annemans (UGent) évalue via QALY (années de vie ajustées sur la qualité) : seuil belge autour de 30 000 euros/QALY. Sovaldi s'inscrit dedans, mais son volume menace les budgets.

Pourtant, de nombreux anticancéreux offrent peu de bénéfices (quelques mois), à des coûts/QALY exorbitants (>120 000 euros pour Yervoy).

Luc Hutsebaut (mutualités) note le chantage des labos : menaces de non-commercialisation. Une coopération européenne (Belgique, Pays-Bas, France) est en discussion.

Solutions proposées : EMA évaluant les prix, accélération des autorisations, rôle accru des universités, brevets limités, concurrence des génériques.

La valeur thérapeutique de certains nouveaux médicaments est minime.

Les labos prospèrent : Roche (9 milliards € de bénéfices), Pfizer (17 milliards). Amendes récentes (J&J, Novartis) pour retarder les génériques.

Quel prix juste ? Une marge saine, sans excès. Ignaas Devisch (UGand) : « Le profit ne doit pas nuire à l'accès aux soins. »

Le prix réel reste secret
Négociations gouvernement-labos portent sur coûts et valeur. Accords confidentiels (réductions, rabais conditionnels) évitent l'effet domino. Plus de transparence souhaitée.

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