FRFAM.COM >> Science >> Santé

La grossièreté en milieu médical peut coûter des vies humaines : révélations d'une étude américaine

Les médecins exposés à un comportement grossier commettent ensuite plus d'erreurs de diagnostic, selon une étude américaine récente.

L'incivilité au travail n'est pas anodine : elle génère des pertes économiques massives et impacte gravement la performance. Des recherches multiples montrent que les victimes ou témoins de rudesse sous-performent professionnellement. L'entreprise Cisco évalue ainsi ses pertes annuelles à 12 millions de dollars dues à l'impolitesse.

Au-delà des aspects financiers, l'incivilité menace même des vies humaines, comme le démontre une nouvelle étude menée par le chercheur américain Binyamin Cooper et son équipe.

L'effet d'ancrage amplifié

Cooper a exploré le lien entre impolitesse et erreurs cognitives, en se focalisant sur l'effet d'ancrage – un biais psychologique où la première information reçue domine le jugement, même si elle est erronée. Par exemple, si un patient évoque un "problème cardiaque", le médecin risque de s'y fixer malgré des symptômes contradictoires.

Les chercheurs ont testé si l'exposition récente à de la grossièreté accroît cette sensibilité. Ils ont soumis 138 étudiants en médecine à une conversation entre urgentistes : polie pour la moitié, conflictuelle et insultante pour l'autre. Tous ont ensuite passé un test en ligne simulant une urgence médicale, conçu pour favoriser l'ancrage et les erreurs diagnostiques. Résultat : les étudiants exposés à la rudesse étaient nettement plus sujets à l'ancrage que le groupe témoin.

Pour valider ces findings, une expérience similaire a impliqué 40 anesthésistes en formation, révélant des erreurs plus fréquentes – certaines potentiellement fatales – après exposition à de l'incivilité.

Des insultes "mineures" aux conséquences graves

"Nos expériences prouvent que la grossièreté peut accroître la mortalité hospitalière", déclare Trevor Foulk, co-auteur de l'étude. "Il est urgent de sensibiliser au traitement des collègues, surtout dans les métiers à enjeux vitaux. Si l'agressivité est justement proscrite, l'impolitesse est tolérée – or ces 'petites' insultes nuisent gravement aux performances. Il faut y remédier."

Les mécanismes exacts restent à préciser, mais la 'rumination mentale' – rejouer mentalement l'incident – semble clé : elle élève le stress et altère les capacités cognitives.

[]