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Prix Nobel de Médecine : Découvertes révolutionnaires contre le paludisme et les maladies parasitaires

Le Prix Nobel de Physiologie ou Médecine récompense cette année des avancées majeures dans la lutte contre les maladies parasitaires, responsables de centaines de millions de victimes annuelles, principalement dans les régions les plus pauvres du monde.

Prix Nobel de Médecine : Découvertes révolutionnaires contre le paludisme et les maladies parasitaires

Le Prix Nobel de Physiologie ou Médecine met l'accent sur la lutte contre les maladies parasitaires, qui touchent des centaines de millions de personnes chaque année, surtout dans les zones défavorisées.

La majorité des Prix Nobel de Physiologie ou Médecine des dernières décennies ont récompensé des travaux en biologie moléculaire, répondant à des questions fondamentales comme « Pourquoi les cellules meurent-elles ? », « Comment fonctionne notre système immunitaire ? » ou « Comment reprogrammer les cellules souches ? ». Ces découvertes éclairent le fonctionnement de notre corps au niveau microscopique et ouvrent la voie à des traitements à long terme pour des pathologies complexes telles que le cancer, Alzheimer ou le sida.

Médecine ancrée dans la nature

Pourtant, les chercheurs ayant directement sauvé des millions de vies par des découvertes pragmatiques restent minoritaires parmi les lauréats Nobel. Le comité Nobel corrige partiellement cette lacune en décernant le prix 2015 à trois scientifiques : la Chinoise Youyou Tu reçoit la moitié du prix (environ 450 000 euros) pour sa contribution à la lutte contre le paludisme ; l'Irlandais William Campbell et le Japonais Satoshi Ōmura se partagent l'autre moitié pour leurs travaux sur les vers ronds parasites.

Maladies tropicales dévastatrices

Campbell et Ōmura ont développé dans les années 1970-1980 un médicament puissant contre les filarioses, causées par de minuscules vers ronds transmis par des moustiques ou des simulies. Parmi plus de 25 000 espèces décrites, certaines comme Wuchereria et Brugia provoquent l'éléphantiasis, une maladie tropicale grave caractérisée par des gonflements massifs des membres et organes génitaux. Non mortelle, elle altère gravement la qualité de vie et stigmatise les patients.

Il a fallu plusieurs décennies pour diffuser largement ces nouveaux médicaments, mais l'artémisinine a sauvé des centaines de millions de vies depuis.

Un autre ver rond, Onchocerca volvulus, est à l'origine de la cécité des rivières, transmise par les simulies. Ses larves migrent vers la cornée, causant une cécité partielle ou totale. Ces maladies frappent principalement l'Afrique et l'Asie, affectant plus de 100 millions de personnes par an.


Bactéries du sol : une source inattendue

Le microbiologiste japonais Satoshi Ōmura s'est inspiré de la nature. Connu pour leurs propriétés antimicrobiennes, les bactéries du sol l'ont conduit, en 1973 près de Tokyo, à isoler des souches résistantes aux vers ronds. Il les a transmises à William Campbell, chez Merck au New Jersey. Ce dernier a extrait l'avermectine, modifiée en ivermectine, base du Mectizan®. Commercialisé depuis, il a aidé des millions de personnes contre ces parasites, sans toutefois les éradiquer complètement.

Progrès révolutionnaire
Selon le Pr Bruno Gryseels, directeur de l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers (ITM), « la découverte de l'avermectine a révolutionné le traitement des filarioses. La cécité des rivières dépeuplait jadis les zones fertiles d'Afrique de l'Ouest, et l'éléphantiasis touchait des centaines de millions dans les tropiques. Grâce à la distribution massive d'ivermectine, ces maladies ont été drastiquement réduites. Elle traite aussi les helminthiases intestinales et contrôle les tiques chez les animaux. »

Prix Nobel de Médecine : Découvertes révolutionnaires contre le paludisme et les maladies parasitaires

De gauche à droite : William Campbell, Satoshi Ōmura et Youyou Tu (© Comité Nobel).

Artémisinine : remède ancestral revisité
Youyou Tu, pharmacologue à l'Académie de Médecine Traditionnelle Chinoise de Pékin, a été recrutée en 1969 dans un projet secret contre le paludisme, ravageur en Chine maoïste et chez les Vietcongs durant la guerre du Vietnam.

Sagesse millénaire
Après avoir testé des milliers d'extraits végétaux, Tu s'est tournée vers des textes anciens révélant l'usage de l'armoise annuelle (Artemisia annua) contre la fièvre depuis des siècles. Ses expériences ont isolé l'artémisinine, efficace contre Plasmodium, parasite du paludisme transmis par moustiques et attaquant les globules rouges. Elle s'est auto-administré le composé pour validation.

Aujourd'hui, l'artémisinine est un pilier du traitement antipaludique, l'un des plus puissants contre cette maladie souvent fatale.

Impact mondial
Pour le Pr Gryseels, « les thérapies à base d'artémisinine ont contribué à la baisse spectaculaire du paludisme ces dernières années. Redécouvertes, elles ont rendu curable cette maladie mortelle. Malgré un déploiement lent, elles ont sauvé des centaines de millions de vies. »


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