Des scientifiques du VIB, de la KU Leuven et de la VUB ont élucidé le mécanisme par lequel les cellules cancéreuses dégradent le sucre à un rythme accéléré, favorisant ainsi la progression du cancer. Un régime pauvre en sucre pourrait-il bénéficier aux patients ? Un chercheur le suggère, mais la science nuance.
Depuis neuf ans, des chercheurs du Flanders Institute for Biotechnology (VIB) et de la KU Leuven étudient les interactions entre cellules cancéreuses et sucre, pour mieux comprendre l'effet Warburg. Découvert en 1924 par Otto Warburg, prix Nobel, cet effet décrit comment les cellules tumorales produisent leur énergie en décomposant le sucre sans oxygène, alimentant l'idée qu'un régime hypocalorique en sucre "affamerait" le cancer.
Dans une récente étude sur cellules de levure en laboratoire, publiée par ces équipes, l'effet Warburg est lié à une agressivité tumorale accrue. Les levures expriment des protéines RAS mutées, impliquées dans de nombreux cancers humains, qui boostent la consommation de sucre – un mécanisme conservé chez les mammifères.
« Un biologiste moléculaire trop enthousiaste, impliqué dans la recherche, a tenu des propos médiatiques non étayés par l'étude. »
De nombreux cancers consomment plus de sucre que les cellules saines : jusqu'à 8,2 fois plus pour le côlon, 4,1 fois pour le poumon. Pourtant, ces observations labo ont conduit à des déclarations excessives. Aucune étude n'a prouvé qu'un régime sans sucre profite aux patients cancéreux.
Des recherches antérieures sur cellules ou animaux confirment la surconsommation de sucre par les tumeurs, mais rien chez l'humain. Une méta-analyse récente sur la nutrition oncologique précise que la consommation sucrière d'une tumeur est infime comparée à notre apport quotidien. Notre foie produit même 200 g de glucose par jour via le glycogène, indépendamment de l'alimentation. Une tumeur de 500 g n'en utilise qu'une fraction négligeable. Un régime sans sucre est donc inutile.
« Nous produisons environ 200 g de glucose par jour, même sans manger de sucre. »
Le métabolisme humain est 7 fois plus lent que chez la souris, justifiant la prudence face aux extrapolations animales.
Beaucoup de patients luttent contre la dénutrition, qui aggrave pronostic et traitements. Maintenir un poids stable est prioritaire.
Cela semble logique : moins de sucre freine le cancer. Mais ces idées reposent sur des labs, non testés chez l'homme. Avec 200 g de glucose hépatique quotidien, priver le sucre n'impacte pas les tumeurs. Restreindre le sucre contre le cancer n'a pas de fondement scientifique.