Une infection par le virus de la rougeole réduit la résistance à d'autres maladies et efface la « mémoire » du système immunitaire. C'est ce que démontre une étude anglo-néerlandaise menée auprès d'enfants lors de l'épidémie de rougeole de 2013.
La rougeole est une maladie infectieuse grave, susceptible de provoquer des complications comme la pneumonie et un risque de décès d'environ 1 pour 1 000 cas. Il est établi depuis longtemps que les enfants ayant contracté la rougeole, avec ou sans complications, restent plus vulnérables à d'autres infections pendant une période prolongée. Cette hypothèse a été confirmée par des chercheurs britanniques et néerlandais dans deux études portant sur des échantillons de sang prélevés chez 77 enfants néerlandais non vaccinés pour raisons religieuses, infectés par la rougeole.
Les échantillons ont été analysés avant et après l'infection. Une batterie d'anticorps spécifiques à diverses maladies infectieuses a été évaluée. La première étude, utilisant la technique innovante VirScan, a révélé qu'à deux mois post-infection, le nombre de maladies contre lesquelles des anticorps étaient détectés avait chuté de 11 à 73 % par rapport au niveau pré-infection. Ces anticorps proviennent des cellules mémoire immunitaires, activées par des contacts antérieurs avec des pathogènes, qui produisent rapidement des anticorps ciblés pour prévenir une réinfection.
Après la rougeole, une grande partie des anticorps préexistants avait disparu, comme si le système immunitaire avait été « réinitialisé » à un état vierge.
Cette perte de diversité anticorps n'a pas été observée chez les groupes témoins : enfants vaccinés contre la rougeole ou non vaccinés mais non infectés. La seconde étude confirme ces résultats : post-rougeole, de nombreux anticorps s'évaporent, simulant une réinitialisation immunitaire.
Les auteurs précisent que le vaccin contre la rougeole ne cause pas cette immunosuppression. Ils concluent que l'infection réduit la résistance naturelle pendant au moins plusieurs semaines, avec un rétablissement potentiellement prenant des mois, voire des années.
Ces études n'évaluent pas les effets à long terme, ignorant la durée exacte de la reconstitution immunitaire et son niveau de diversité finale. Des indices suggèrent une reprise, mais pas nécessairement complète. Ces observations ont été validées chez des furets vaccinés contre la grippe, puis infectés par un virus analogue à la rougeole : chute des anticorps antigrippaux et hypersensibilité accrue.
La rougeole n'est pas unique : VIH et virus d'Epstein-Barr (EBV, responsable de la mononucléose) induisent aussi une immunosuppression prolongée. La différence majeure ? La rougeole est prévenable par vaccination, contrairement au VIH et EBV.
Ces recherches soulignent que la rougeole entrave gravement les défenses naturelles contre d'autres infections, au-delà de ses symptômes classiques. La vaccination reste la solution préventive efficace pour éviter ces risques immunologiques durables.
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