Un implant cochléaire aide les personnes sourdes ou sévèrement malentendantes à percevoir et comprendre la parole. Cependant, son réglage précis est un processus long et complexe. Ben Somers développe des dispositifs qui s'ajustent en temps réel.
Chaque patient est unique, y compris en cas de surdité ou de malentente sévère. Pour optimiser un implant cochléaire, un audiologiste spécialisé doit le personnaliser via des tests auditifs impliquant sons et phrases. Ce procédé exige expertise et temps. Avec l'augmentation des troubles auditifs et des implants posés, et l'évolution de la perte auditive, des ajustements réguliers s'imposent.
De nombreux patients rentrent chez eux avec un implant sous-optimalement réglé.
Les patients évaluent eux-mêmes le fonctionnement de leur implant. Les adultes habitués au son identifient facilement les mots, mais les enfants nés sourds ou les patients autistes peinent à fournir un feedback fiable. Résultat : beaucoup repartent avec un réglage imparfait.
Le cerveau génère des signaux électriques lors du traitement sonore. Mesurer cette activité via un électroencéphalogramme (EEG) avec électrodes sur le cuir chevelu permet de confirmer la perception d'un son, sans intervention subjective du patient.
Détecter la perception de clics par EEG n'est pas nouveau, mais évaluer la compréhension du discours l'est. L'ingénieur électricien Ben Somers (KU Leuven) a créé une méthode innovante : « J'analyse les ondes cérébrales générées par l'écoute de mots parlés, explique-t-il. Leur amplitude reflète le niveau de compréhension. »
Chez les porteurs d'implants cochléaires, l'EEG capte aussi les artefacts de stimulation, compliquant l'analyse. Somers a conçu des algorithmes distinguant parfaitement ces faux signaux des vraies ondes cérébrales. Il a prouvé que ces ondes varient selon le son perçu et reflètent la compréhension vocale, aidant les audiologistes à affiner les paramètres.
Les EEG classiques requièrent du matériel hospitalier onéreux. Somers utilise les électrodes de stimulation de l'implant lui-même pour mesurer les ondes : « Elles ne stimulent pas en continu, nous les réutilisons librement, sans implantation supplémentaire », précise-t-il.
Cette approche offre des mesures plus pures, car l'implant, proche des zones auditives cérébrales, filtre les interférences corporelles.
Ces avancées pavent la voie à des implants intelligents auto-ajustables, adaptables aux environnements : « Une conversation en café bruyant diffère d'une écoute calme à la maison », note Somers.
La sécurité prime : « Un algorithme ne peut décider seul de la stimulation, au risque de nuire », avertit Somers, comparant aux véhicules autonomes.
D'ici dix ans, il vise un prototype objectif, mesurant la compréhension via ondes cérébrales pour un ajustement automatique, sans coopération patient.
Ben Somers (1992), électrotechnicien diplômé KU Leuven, termine sa thèse doctorale sur les implants cochléaires avec le Pr Tom Francart (groupe ExpORL). Il prévoit une start-up pour clinique ces technologies.