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Covid long : l'angle mort des syndromes post-infectieux enfin à l'étude ?

Les plaintes post-infectieuses après une infection virale ne sont pas un phénomène nouveau. Pourtant, elles n'ont jamais fait l'objet d'études approfondies. La recherche sur le Covid long pourrait-elle changer la donne ?

Début juillet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait plus de 185 millions de cas confirmés de Covid-19 dans le monde. Une minorité de patients souffre de symptômes persistants : fatigue chronique, essoufflement, troubles de la mémoire, dépression et anosmie prolongée. On estime que près de 2 millions de personnes sont touchées par ce "Covid long" à l'échelle globale.

Ces patients ne passent plus inaperçus. En Belgique, l'association Post-Covid Community milite pour une reconnaissance officielle, des recherches dédiées et un soutien adapté. Grâce à leur mobilisation et à l'intérêt scientifique massif pour le Covid-19, les études sur ces syndromes, longtemps délaissés, se multiplient enfin.

Immunologues, infectiologues et épidémiologistes s'accordent : des symptômes similaires ont été observés après Ebola, la mononucléose, l'hépatite ou la grippe espagnole. La fatigue post-virale a marqué l'après-grippe de 1918, sans pour autant bénéficier d'enquêtes rigoureuses.

Après une mononucléose, de nombreux jeunes connaissent une fatigue invalidante, une anosmie et des absences scolaires prolongées. Ces cas sont documentés, mais l'intérêt s'arrête souvent là. Megan Hosey, professeure au département de réadaptation de l'université Johns Hopkins à Baltimore, dénonce un "angle mort" en médecine, où ces syndromes sont négligés.

Les syndromes post-infectieux sont manifestement négligés en médecine.Megan Hosey, Université Johns Hopkins

En l'absence de lésions organiques visibles et de traces virales, ces patients sont souvent minimisés, renvoyés de spécialiste en spécialiste. L'immunologiste Anthony Fauci, ex-directeur du NIAID et conseiller de Donald Trump, note les similitudes avec le syndrome de fatigue chronique (SFC).

Le SFC n'est pas imaginaire : il repose sur des dysfonctionnements immunitaires et neuroendocriniens, souvent liés à une inflammation persistante. Une infection virale peut en être le déclencheur, associée à un stress chronique ou une prédisposition génétique.

En juin, les Centers for Disease Control (CDC) ont publié leurs premières recommandations sur le Covid long, insistant : ne pas ignorer les plaintes des patients faute d'anomalies en imagerie ou en laboratoire.

Le traitement reste symptomatique faute de compréhension des mécanismes sous-jacents : analgésiques pour les céphalées, rééducation graduée pour la fatigue et l'essoufflement, psychothérapie pour la dépression. Un accompagnement empathique et progressif est essentiel pour une récupération optimale.


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