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Bore-out : hype médiatique ou véritable maladie professionnelle ?

Si vous traversez une période de démotivation profonde au travail, parlez-vous de bore-out ? Qu'est-ce qui est scientifiquement prouvé et qu'est-ce qui relève du battage médiatique ? Analyse d'une potentielle "maladie à la mode".

Qu'est-ce que le bore-out ?

Il y a une dizaine d'années, les consultants Philippe Rothlin et Peter Werder ont popularisé le concept de bore-out, ou ennui professionnel chronique. Le phénomène a depuis fait l'objet d'études scientifiques, bien que limitées à une douzaine de recherches. L'une des plus importantes est celle de Lotta Harju, qui a analysé l'impact de l'ennui au travail sur la santé dans 87 environnements professionnels finlandais. Elle le définit comme une "expérience de travail peu agréable et peu stimulante".

Ce que le bore-out n'est pas

Le bore-out ne doit pas être confondu avec le burn-out. Ce dernier résulte d'un épuisement dû à une surcharge extrême, tandis que le bore-out provient d'une apathie liée à une sous-charge chronique. "J'utilise souvent l'analogie du chômage", explique Hans De Witte, psychologue du travail à la KU Leuven. "Un chômeur devient apathique par manque d'activité, tout comme dans le bore-out."

L'apathie diffère de l'épuisement, mais un travail qui bride systématiquement le développement des compétences peut devenir problématique à long terme. Elke Van Hoof, psychologue clinicienne à l'Université libre de Bruxelles (ULB), confirme : "On ne développe pas un bore-out du jour au lendemain. C'est l'enfer qui s'installe progressivement chez les patients."

Qui est concerné ?

L'an dernier, Hans De Witte a interrogé 1 500 employés flamands. Résultats : 5,9 % présentent un risque modéré et 1,1 % un risque élevé. Le bore-out touche surtout les jeunes, souvent déçus par la simplicité de leurs premiers emplois. Gwendolyn Portzky, psychologue médicale à l'UGent, note que ces jeunes ont fréquemment des attentes irréalistes.

Selon De Witte, les postes administratifs subalternes sont les plus à risque. Les cadres supérieurs, les métiers de l'éducation et de la santé sont les moins touchés. Le niveau d'éducation et le genre n'influencent pas le risque.

Causes du bore-out

Il affecte ceux qui occupent un poste sous-dimensionné, sans défi ni valorisation de leurs talents – éléments clés pour la confiance en soi, selon Portzky. De Witte cite l'exemple du soldat en faction : manque quantitatif et qualitatif de travail, sous-utilisation des compétences.

Symptômes

Le bore-out se manifeste par une léthargie, contrairement à l'épuisement total du burn-out. Les deux partagent cependant une distance émotionnelle vis-à-vis du travail, une stratégie d'adaptation inefficace.

"Les symptômes chevauchent souvent ceux du burn-out", observe Portzky : fatigue, irritabilité accrue, perte de confiance, cynisme professionnel. D'où les diagnostics erronés fréquents.

Diagnostic

Les questionnaires sur l'expérience professionnelle restent l'outil principal. L'échelle néerlandaise de l'ennui, développée par Wilmar Schaufeli et Gaby Reijseger (Université d'Utrecht), évalue des items comme "Le temps passe vite au travail". Les conseillers en prévention s'en servent pour confirmer un bore-out.

Traitement

Phénomène récent, le bore-out manque encore de protocoles validés. De Witte priorise l'analyse des causes : adapter la charge et le contenu du travail aux compétences. Pour les cas graves, une analyse des risques identifie les aspects sous-stimulants, suivie d'un plan d'action.

"Dans notre enquête, tous les concernés réclamaient un poste mieux adapté, mais freinés par leurs managers", conclut De Witte.

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