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Maladie X : sommes-nous prêts à affronter la prochaine pandémie virale ?

Le coronavirus SARS-CoV-2 ne sera pas le dernier virus à sauter de l'animal à l'humain. Des centaines de milliers d'autres candidats potentiels existent. Comment se préparer à un ennemi inconnu ?

"Ceci doit être l'un des endroits les plus sûrs du pays", plaisante le virologue Johan Neyts (KU Leuven). Trois niveaux de sécurité nous séparent du laboratoire où il recherche vaccins et thérapies contre le SARS-CoV-2, isolé du nez du premier patient belge et cultivé sur place.

Les laboratoires à basse pression, équipés de systèmes avancés de purification d'air, empêchent toute fuite de pathogènes. Chaque système dispose de sauvegardes multiples. Les chercheurs accèdent aux lieux en tenues de protection spéciales et ne sortent qu'après une désinfection complète.

Dans une zone automatisée, un robot teste en continu des centaines de milliers de substances contre le SARS-CoV-2. "Un résultat positif sur dix à vingt mille", explique Neyts. Les molécules prometteuses sont ensuite modifiées et évaluées sur cellules, animaux, puis humains, dans un processus d'un an.

'Il est certain que de nouveaux virus apparaîtront dans les décennies à venir'virologue Johan Neyts (KU Leuven)

Grâce au financement de la Fondation Bill & Melinda Gates, 15 000 substances actives de médicaments existants sont testées. La recherche vaccinale de Neyts est plus avancée : plusieurs candidats ont été évalués sur animaux. Néanmoins, au moins 18 mois seront nécessaires pour un produit commercialisable. "Le nouveau coronavirus semble là pour rester, comme la grippe", note Neyts. Mais pour une containment précoce, traitements et vaccins arrivent trop tard.

Neyts résume : Ebola (1976), VIH (1983), Nipah, Hendra, SARS-CoV, MERS-CoV, Zika, chikungunya... Toutes zoonoses. "De nouveaux virus émergeront, c'est certain", affirme-t-il. Il plaide pour une préparation en temps de paix face à l'inconnu.

Maladie X : sommes-nous prêts à affronter la prochaine pandémie virale ?

Risque accru

Les épidémies d'Ebola (2014-2015) ont tué plus de 11 000 personnes ; un vaccin n'était prêt qu'un an après. Le SARS (2002-2003) et le MERS (depuis 2012) ont chacun causé environ 800 décès. Peu d'outils étaient disponibles.

"On se disait : ça ne peut plus durer", se souvient la virologue Marion Koopmans (Erasmus MC). Une prise de conscience a émergé pour une préparation structurelle.

Dans un monde surpeuplé et globalisé, l'intrusion en nature augmente les risques. Une pandémie comme la grippe espagnole aujourd'hui tuerait 33 millions de personnes en six mois ; coût économique : plus de 500 milliards de dollars/an.

Jusqu'ici, la chance a joué : Ebola peu contagieux, SARS auto-extinct, MERS régional. L'OMS a listé en 2015 des priorités, incluant la "Maladie X" (pathogène inconnu). En 2017, CEPI a vu le jour pour accélérer diagnostics, médicaments et vaccins. "C'est un test grandeur nature", dit Koopmans.

Passe-partout vaccinal

CEPI finance des plateformes vaccinales adaptables. Neyts développe un vaccin contre la fièvre jaune basé sur un plasmide codant une version atténuée, modifiable pour d'autres virus (Zika, Ebola, Lassa, SARS-CoV-2). Sept versions en parallèle.

'Lors des épidémies de SARS et MERS, cartographier le génome prenait des semaines ; aujourd'hui, quelques jours'Kevin Ariën (Institut de Médecine Tropicale)

La biotechnologie accélère tout : séquençage rapide, vaccins à ARN/ADN synthétique, virus vecteurs modifiés (ex. : variole atténuée à Erasmus MC). CEPI vise un vaccin cliniquement prêt en 16 semaines post-séquençage.

Des réseaux d'essais cliniques rapides sont en place, malgré les défis de production massive et évaluation en crise, souligne Koopmans.

Pointe de l'iceberg

La technologie réagit vite, mais proactivement, il faut anticiper. Scientifiques surveillent marchés d'animaux sauvages et faune (40 000 échantillons collectés par Ariën en Afrique). PREDICT (USAID) a identifié 900 virus nouveaux. Global Virome Project vise 1,2 million de virus potentiels.

"Pointe de l'iceberg", dit Jonathan Epstein (EcoHealth Alliance). Focus sur virus à risque et hotspots (tropiques déforestés).

Éducation locale contre viande de brousse prévient les sauts.

Maladie X : sommes-nous prêts à affronter la prochaine pandémie virale ?
'Pour notre sécurité, investir dans des inhibiteurs viraux, pas seulement chars et F-35'virologue Johan Neyts (KU Leuven)
Maladie X : sommes-nous prêts à affronter la prochaine pandémie virale ?

Pas des chars, mais des laboratoires

Antiviraux "broad-spectrum" contre familles virales (ex. : filovirus). Pour coronavirus, un inhibiteur préexistant aurait pu stopper l'épidémie à Wuhan.

Investir massivement en virologie est vital, plaide Neyts, comparé aux budgets militaires.


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