Après une stimulation cérébrale, les étudiants consomment moins d'alcool. C'est le résultat d'une étude où de jeunes participants ont été invités à une dégustation de bière.
La chercheuse Marie-Anne Vanderhasselt et son équipe ont recruté 45 étudiants consommateurs d'alcool à risque d'addiction. Ils ont participé à deux sessions espacées de deux jours : une avec une stimulation cérébrale réelle (tDCS) et une autre avec un placebo. Par la suite, ils effectuaient une tâche informatique pour gagner de l'argent, avant de déguster librement de la bière et d'évaluer son goût. Leur consommation réelle était la mesure clé. Après la vraie stimulation, ils ont bu en moyenne 18 millilitres de bière en moins par rapport au placebo. « Cela paraît modeste, mais nous avons utilisé de petits verres de 5 cl, que les gens vident instinctivement », précise la psychologue clinicienne Vanderhasselt.
La technique employée est la tDCS (stimulation transcrânienne à courant direct), où des électrodes appliquent un faible courant électrique sur le cortex dorsolatéral préfrontal, zone impliquée dans le contrôle des impulsions et des comportements intuitifs. « Cette stimulation renforce le frein neuronal, aidant les participants à mieux résister à leur tendance automatique à boire », explique Vanderhasselt. L'alcool active un circuit de récompense via la dopamine, procurant une sensation de plaisir immédiate.
La tâche informatique post-stimulation confirmait cet effet : les participants devaient associer formes (triangles, carrés) et couleurs (bleu, jaune) à une récompense, en inhibant leurs réponses impulsives. Les performances étaient supérieures après la stimulation réelle, similaire au contrôle de l'envie d'alcool malgré sa récompense.
Cette étude de l'Université de Gand, publiée en 2020 dans Brain & Cognition, est saluée par Geert Dom, psychiatre et expert en addictions à l'Université d'Anvers : « Une recherche solide démontrant l'impact de la stimulation sur les processus neurocognitifs liés à la consommation d'alcool, mais qui mérite des investigations plus approfondies. »
«La stimulation cérébrale rend le cerveau plus malléable, amplifiant l'effet des thérapies.» Marie-Anne Vanderhasselt, chercheuse
Vanderhasselt teste actuellement cette approche chez des patients en désintoxication, en mesurant leurs réactions à des pubs alcoolisées. Bien que prometteuse en complément de médicaments ou psychothérapies, la tDCS n'est pas encore standardisée, nécessitant des sessions fréquentes en centre spécialisé, note Dom.
Des appareils domestiques existent, mais leur efficacité reste incertaine. « Le marché explose, promettant concentration ou mémoire boostées, mais la qualité varie », avertit Vanderhasselt.
Plus d'infos sur la dépendance à l'alcool : écoutez notre podcast avec Geert Dom.