Face à la crise du coronavirus, de nombreuses personnes sont confinées chez elles. Quel impact a l'isolement social sur notre santé mentale ?
Le magazine Eos pose la question à Arjan Bos, professeur de psychologie clinique à l’Open University (Pays-Bas) et doyen de la Faculté de psychologie : « Le contact en ligne est souvent aussi intense que le face-à-face. La solitude n’est pas le principal souci pour la majorité actuellement. Cependant, cette crise génère de l’anxiété, source de stress. »
Nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin de relations durables, positives et significatives. Si ce besoin n’est pas comblé, cela peut affecter notre fonctionnement psychologique. Cela dit, le confinement ne nous prive pas totalement de contacts sociaux : nous restons connectés par téléphone et en ligne. Nous pouvons y exprimer nos émotions. Une étude menée par moi-même et mes collègues montre d’ailleurs que la communication en ligne n’est pas moins émotionnelle ou personnelle que le contact direct.
« Pour la plupart des gens, cette crise ne provoquera pas soudainement une forte solitude. Environ 10 % de la population en souffre habituellement, particulièrement chez les plus de 85 ans. Nous le savons grâce aux recherches existantes. Nous ignorons si ces chiffres évolueront avec une telle crise, car c’est inédit. Notons que solitude et isolement ne sont pas synonymes : être seul ne signifie pas se sentir seul, et inversement. La solitude naît d’un écart entre les relations souhaitées et celles réelles. Elle est même utile, car elle motive à chercher du lien. Mes collègues, par exemple, organisent des contacts virtuels pour rester connectés. À long terme toutefois, elle impacte santé psychologique et physique. Espérons que ces mesures resteront temporaires. »
« La solitude peut entraîner des symptômes dépressifs, comme le montrent les études. Pour la plupart, cette période temporaire n’entraînera pas de dépression. Ceux qui ressentent une forte solitude courent toutefois un risque accru. De plus, nous ignorons les effets précis de la crise Covid-19 sur notre bien-être psychologique. L’incertitude actuelle – y aura-t-il assez de nourriture ? Et si je tombe malade ? Y aura-t-il des médicaments ? – génère du stress qui peut nous affecter. »
« Le contact physique stimule la production d’ocytocine, hormone des liens agréables. Mais ses effets ont surtout été étudiés en laboratoire à fortes doses. Nos connaissances sur les contacts quotidiens sont limitées. La « faim de peau » ne devrait probablement pas poser problème. »
« Maladie ou handicap physique peuvent générer de la solitude. Avec une maladie contagieuse, on garde naturellement ses distances. Les malades reçoivent moins de visites et de soutien. L’exclusion sociale impacte le psychisme, selon les recherches. Être malade seul est très dur, mais la quarantaine des patients Covid est temporaire. »
Une théorie clé en psychologie identifie trois besoins fondamentaux : relations sociales, autonomie et compétence. Tous sont mis à l’épreuve. Heureusement, les contacts en ligne (téléphone, Skype, apps) permettent de maintenir les liens et de partager émotions. L’autonomie est réduite par les restrictions, et certaines activités professionnelles sont compliquées. Chacun s’y adapte à sa manière.
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