Psychologues et psychiatres se mobilisent et exhortent la population à consulter sans tarder.
Les professionnels de la santé mentale anticipent non seulement une vague d'infections au Covid-19, mais aussi une explosion des troubles psychologiques. « Le personnel soignant subit une pression énorme », explique Koen Lowet, de l'Association flamande des psychologues cliniciens (VVKP). Les psychologues sont pleinement déployés dans les hôpitaux pour soutenir le personnel médical des urgences et des soins intensifs. Par ailleurs, l'anxiété gagne la population, et les personnes déjà fragiles psychologiquement souffrent davantage de la crise sanitaire et de l'isolement social.
L'assistance psychologique dans les centres psychiatriques se poursuit normalement. « Mais le personnel manque cruellement d'équipements de protection, tous fournis aux hôpitaux généraux », précise Lowet. Le psychiatre du Centre psychiatrique universitaire de Louvain (UPC KU Leuven), Dirk Pattyn, ajoute : « Certains services psychiatriques sont en quarantaine en raison de patients suspects de Covid présentant des symptômes bénins, non testés car les tests sont réservés aux cas graves. Nous ne devons pas nous contaminer, mais parfois, un contact physique est inévitable lors de crises aiguës, sans matériel de protection. Nous prenons alors ce risque. »
Les autres services psychiatriques passent autant que possible à la thérapie à distance. « Les cabinets de psychologues restent ouverts, mais proposent uniquement des consultations numériques via des plateformes sécurisées respectant la confidentialité, et non des outils comme Skype ou WhatsApp », indique Lowet. « Cela génère des coûts, et nous comptons sur un soutien gouvernemental. » Dans de nombreux établissements, les thérapies de jour ont été suspendues, un changement majeur pour lequel patients et soignants ne sont pas toujours préparés.
Même avec les consultations à distance, les experts prévoient des difficultés. « Il est rare de trouver un groupe de patients épargné par l'aggravation des symptômes due à la crise Covid », note le psychiatre Sisco van Veen (UMC Utrecht) dans la revue De Jonge Psychiater. Il cite les troubles obsessionnels compulsifs (peur de contamination), les troubles anxieux, les dépressions, les idées suicidaires, ainsi que les impacts sur les personnes autistes dus aux mesures de distanciation sociale.
De nombreux patients ont quitté l'hôpital pour rejoindre leur famille, observe Pattyn, tandis que les demandes d'aide explosent, surtout chez les personnes déjà suivies. « Elles sont souvent vulnérables socialement, isolées, et les appels de 15 minutes ne remplacent pas les interactions normales. Leur réseau est rompu, et l'agitation liée à la crise les déstabilise », explique-t-il. « Nous recevons de nombreux appels de patients déclarant ne plus tenir. »
Van Veen souligne les limites des téléconsultations : « Peut-on poser un diagnostic à distance ? Initier un traitement médicamenteux via écran ? » Il craint un sous-traitement inadéquat tant que les mesures persistent.
Lowet observe une hésitation face aux thérapies numériques, alors que les médecins généralistes sont submergés par les troubles psychologiques : stress, peur, conflits conjugaux, attaques de panique mimant les symptômes Covid. « Les gens reportent leurs soins, mais nous anticipons une ruée massive. N'attendez pas : nous pouvons encore gérer, il y a assez de soignants », appelle-t-il.
Aux Pays-Bas, une ligne d'assistance gratuite Corona a été lancée pour l'anxiété liée à la crise ; en Belgique, contactez Tele-Onthaal. L'Association des psychologues diffuse des conseils : structurez vos journées, parlez du Covid avec vos enfants, bougez et restez connecté.
La crise impacte aussi mentalement les urgences psychiatriques. « C'est contre-intuitif : on fuit instinctivement le danger, mais nous devons y aller », dit Pattyn. Il prévoit un contrecoup majeur. « Pour l'instant, c'est la fatigue : doubles shifts pour préparer le pic à venir. Ce n'est pas un sprint, mais un marathon. La fatigue affaiblit l'immunité, ce que nous ne pouvons nous permettre. »
Les soignants affronteront stress, peurs et traumatismes. « Avec tant de décès à venir malgré nos efforts, nous manquerons de bras pour l'aide psychologique. Nous préparons des vidéos expliquant que l'anxiété est normale et comment la gérer. » Pattyn insiste : « Les soins psychologiques ne sont pas un luxe, mais une nécessité urgente. »
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