Finis les diagnostics rigides et l’obsession de la guérison des troubles mentaux. Il est temps d’apprendre à vivre avec ses vulnérabilités psychologiques. Le professeur de psychiatrie Jim van Os milite pour un nouveau modèle de soins en santé mentale (santé mentale), reposant sur des plateformes en ligne où experts, patients et parties prenantes collaborent.
« Les patients ne se remettent presque jamais complètement de leurs vulnérabilités psychologiques. L’amélioration dépend de la manière dont on gère ces vulnérabilités. J’appelle cela la résilience », explique Van Os. Souvent, les personnes en souffrance consultent d’abord leur médecin généraliste, qui les oriente vers un diagnostic. Par exemple, si vous entendez des voix, un test rapide de schizophrénie peut suivre, puis un traitement pour « guérir » cette maladie, si les listes d’attente le permettent.
Les traitements actuels s’appuient sur des pratiques fondées sur des preuves scientifiques, efficaces pour de grands groupes. Pourtant, selon Van Os, cela doit changer. « Les troubles psychiatriques ne rentrent pas dans un diagnostic précis. C’est une illusion. Les vulnérabilités persistent toujours. De plus, le système actuel met trop l’accent sur les aspects techniques des thérapies, comme des techniques d’entretien spécifiques, au détriment de la relation thérapeutique. »
« Deux raisons principales. D’abord, le succès d’une thérapie repose avant tout sur la relation entre thérapeute et patient. Un thérapeute empathique, actif et bienveillant motive le patient, l’invite à exprimer ses émotions, le défie et le stimule. C’est la clé du progrès. Nous aiderions mieux les patients en priorisant ce lien relationnel sur les techniques. »
« Deuxièmement, les diagnostics sont trop binaires : malade ou en bonne santé. Tous les patients au même diagnostic reçoivent le même traitement. Or, les problèmes forment une cascade, des plus légers aux plus graves, nécessitant des approches adaptées. Aujourd’hui, 20 % de la population souffre de troubles mentaux, mais seuls 6 % accèdent à une aide, en raison des listes d’attente. Les diagnostics évoluent souvent, les symptômes se chevauchent, et les facteurs génétiques transcendent les troubles. Un peu d’anxiété ou de morosité est normal, mais s’y attarder intensément peut faire basculer. »
« La guérison complète est rare. Il s’agit d’un processus d’apprentissage pour vivre avec ses vulnérabilités en cultivant la résilience. Cela passe par les liens sociaux, les émotions positives – prolonger les moments « wow » comme un coucher de soleil ou l’excitation amoureuse – et le sens de la vie. Le contraire ? La solitude, la finitude ou l’insignifiance menaçantes. La résilience, c’est savoir les gérer. »
« Je plaide pour un système public accessible, via des communautés en ligne co-créées par patients (anciens ou actuels) et professionnels. En 2015, avec des collègues, j’ai lancé PsychoseNet. Patients discutent 24h/24, lisent des forums, posent des questions aux experts sur la solitude ou le sens de la vie. Nous devrions étendre cela à l’anxiété, la dépression, le stress post-traumatique… Si besoin, rendez-vous chez un thérapeute. »
« Une clarification est utile, et les plateformes en ligne y pourvoient. Si vous dormez mal, buvez plus, stressez, un pair ou un expert peut conseiller. Sur PsychoseNet, certains craignent un diagnostic de schizophrénie pour des voix. J’explique que c’est normal, qu’il faut l’accepter et la gérer. Diagnostic possible : « entendre des voix », pas forcément schizophrénie. Je les oriente vers un groupe d’auditeurs de voix. »
« Pas besoin d’être spécialiste. Écoutez calmement son histoire. Les troubles ne sont pas si mystérieux. Maintenez une relation chaleureuse et engagée, posez des questions, même critiques, et réconciliez-vous après. »
« Beaucoup profitent du statu quo : psychologues, psychiatres, gestionnaires. Les politiques doivent décider. Aux Pays-Bas, le changement sera progressif. En attendant, lançons des pilotes sur les e-communautés et la résilience. Les jeunes professionnels veulent prioriser le relationnel : encourageons-les. Ainsi, même avec des voix, une vie pleine de sens est possible. »
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