Les virus de la dengue et du Zika modifient les bactéries de la peau pour rendre leurs hôtes mammifères plus attractifs aux moustiques, selon une nouvelle étude publiée dans Cell. C'est la première preuve scientifique que ces virus utilisent des composés olfactifs pour accélérer leur propagation.
Des chercheurs ont mené des expériences sur des souris infectées, montrant que les moustiques préfèrent se nourrir sur ces animaux. Les infections stimulent la production d'acétophénone par les bactéries cutanées, une molécule attirant les moustiques. Un dérivé de vitamine A, utilisé contre l'acné sévère, a contré cet effet après quelques jours.
Traiter les patients dengue ou Zika avec ce composé pourrait repousser les moustiques et limiter la transmission, indiquent les auteurs.
"Nous sommes enthousiastes à l'idée de découvrir ce mécanisme et de proposer une stratégie pour interrompre le cycle viral", déclare Gong Cheng, microbiologiste à l'Université Tsinghua (Chine) et co-auteur, dans un courriel. "Cette étude ouvre des perspectives pour les stratégies de santé publique."
Des travaux antérieurs montraient que les moustiques sont attirés par l'odeur des personnes infectées par le paludisme. Ici, l'acétophénone est identifiée comme la molécule clé, selon Rollie Clem, virologue à l'Université d'État du Kansas (non impliqué). "Une science élégante soulignant les interactions virus-microbiote-hôte."
Le Zika, transmis par moustiques en zones tropicales, cause souvent des symptômes légers mais des malformations congénitales graves chez le fœtus. La dengue touche 100 à 400 millions de personnes par an dans ces régions, majoritairement sans gravité.
Pour élucider le mécanisme, l'équipe a comparé l'attraction des moustiques pour des souris infectées vs saines. En filtrant les volatils olfactifs, l'attraction pour les malades disparaissait. Analyse chimique : 20 composés modifiés, l'acétophénone étant le plus attractif (confirmé par électroantennographie).

Tests supplémentaires : moustiques attirés par l'acétophénone pure, ou appliquée sur peau de souris/humains. Les souris infectées produisent 10 fois plus d'acétophénone ; idem chez humains dengue.
Éliminer le microbiote cutané supprime la production. Quatre espèces de Bacillus, hyper-productrices, prolifèrent chez les infectés. Elles sont encouragées par la suppression virale de RELMα, une protéine antimicrobienne.
Ainsi, en bloquant RELMα, les virus favorisent Bacillus, boostant l'acétophénone et l'attractivité aux moustiques.
Un traitement à l'isotrétinoïne (dérivé vitamine A) restaure RELMα, réduit Bacillus, rendant les souris aussi attractives que les saines (mais moins que les infectées non traitées).
Limite : résultats majoritairement sur souris (peau différente de l'humain). Des études humaines sont nécessaires. L'équipe teste prochainement l'isotrétinoïne chez patients dengue et explore l'édition génétique de moustiques insensibles à l'acétophénone.
Futur : d'autres virus arthropodes ? "Ne prenez pas de vitamine A pour repousser les moustiques si vous êtes sain ; cela normalise l'attractivité des infectés", précise Clem. Une avancée prometteuse contre ces fléaux mondiaux.
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