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Sophie De Schaepdrijver remporte le Prix d'Histoire Davidsfonds pour son expertise sur la Première Guerre mondiale

L'historienne Sophie De Schaepdrijver a reçu le Prix d'Histoire Davidsfonds 2015, décerné par un jury composé d'universitaires, de journalistes et de représentants culturels. Elle est récompensée pour son œuvre majeure sur la Première Guerre mondiale et la Belgique occupée.

Sophie De Schaepdrijver remporte le Prix d Histoire Davidsfonds pour son expertise sur la Première Guerre mondiale

Depuis la publication de son ouvrage emblématique La Grande Guerre en 1997, Sophie De Schaepdrijver est une référence incontournable sur ce conflit. À l'occasion du centenaire, le livre a été réédité, générant un vif intérêt médiatique. En 2014, elle a tenu un rôle central dans la série documentaire Brave Little Belgium diffusée sur Canvas. Elle a également été nommée conservatrice par la ville de Bruges pour l'exposition historique sur Bruges sous occupation.

La remise du quatrième Prix d'Histoire Davidsfonds aura lieu le mardi 24 mars 2015 lors de La Nuit de l'Histoire.

Installée aux États-Unis depuis quinze ans, Sophie De Schaepdrijver enseigne l'histoire européenne à la Pennsylvania State University. En 2013, pour la réédition de son ouvrage, elle est revenue en Belgique, interviewée par Mémo Eos.

Dans un café bruxellois, Le Cirio, elle évoque la mémoire de la Grande Guerre aux États-Unis : « Un site exceptionnel est le mémorial de Kansas City, avec son musée remarquable. Le général Pershing, commandant des troupes américaines, y est né. » Des commémorations y sont prévues dès 2017, cent ans après l'entrée en guerre des États-Unis.

La presse alliée a largement couvert les atrocités en Belgique, « Brave Little Belgium », pour mobiliser l'opinion publique.


Le public américain était-il sensible à cette histoire ?
« Absolument. Des conférences avec des témoins oculaires, comme l'infirmière Marie Depage, ont été organisées. Épouse du chirurgien Antoine Depage, elle collectait des fonds aux États-Unis et périt sur le Lusitania torpillé en 1915, accélérant l'entrée en guerre américaine. »

Sophie De Schaepdrijver remporte le Prix d Histoire Davidsfonds pour son expertise sur la Première Guerre mondiale


Des campagnes de collecte ont fleuri, comme la « Semaine d'abnégation pour les Belges » au Canada, avec des affiches incitant à renoncer aux douceurs pour aider les enfants belges.


La situation belge était-elle aussi dramatique que propagée ?
« Oui, l'occupation allemande fut brutale dès les premiers mois, plus lourde qu'en 1940. Pillage systématique, famine : la Belgique, 5e économie mondiale, s'est effondrée. »


Comment ont-ils survécu ?
« Grâce à l'aide alimentaire orchestrée par Emile Francqui et Ernest Solvay, avec Herbert Hoover à la tête de la Commission for Relief in Belgium. 125 000 volontaires belges ont distribué des repas, finançant aussi les chômeurs. »


Pourquoi rejetez-vous l'idée d'une guerre absurde ?
« La résistance belge défendait la neutralité garantie par le traité de 1839. Les soldats de l'Yser et les résistants comme Gabrielle Petit combattaient pour la libération. »


Critiques sur les commémorations actuelles ?
« Elles sont trop régionales, oubliant l'unité belge de 14-18. Au-delà des mythes flamands, comme les frères Van Raemdonck, la réalité est plus nuancée. »

Sophie De Schaepdrijver remporte le Prix d Histoire Davidsfonds pour son expertise sur la Première Guerre mondiale


« De nombreuses archives restent inexploitées faute d'archivistes. Les récits familiaux importent, mais l'histoire prime sur l'émotion. Attention au tourisme de mémoire qui déforme les faits, comme l'absence de cimetières allemands au Westhoek. »

Interview initialement publiée dans Eos Mémo n°8/2013. La Grande Guerre réédité par Houtekiet – Atlascontact, avec Original Sin of the Twentieth Century.

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