Le mathématicien belge Pierre Deligne a reçu le Prix Abel, souvent qualifié de « Nobel des mathématiques ».

Pierre Deligne (né en 1944) est récompensé pour ses « contributions pionnières à la géométrie algébrique et leur impact sur la théorie des nombres, la théorie des représentations et les domaines connexes ».
Né à Etterbeek, près de Bruxelles, Pierre Deligne a étudié et obtenu son doctorat à l’Université Libre de Bruxelles. En 1968, il rejoint Paris et l’Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES), où il collabore avec Alexandre Grothendieck, qui l’influence profondément. En 1984, il s’installe aux États-Unis comme professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton.
L’annonce du lauréat a été diffusée en direct sur le site du Prix Abel. Timothy Gowers a présenté les travaux de Deligne, notant la complexité accrue par rapport à l’année précédente, où Endre Szemerédi avait été primé pour ses résultats accessibles même aux non-spécialistes.
Avec Deligne, les preuves sont d’une extrême complexité. Comprendre un théorème de son domaine exige une expertise pointue, comme pour les structures de Hodge – nommées d’après Sir William Hodge –, encore partiellement mystérieuses. Elles sont liées à la conjecture de Hodge, l’un des problèmes du millénaire doté d’un million de dollars.
L’un des exploits majeurs de Deligne est la démonstration spectaculaire de la dernière et plus profonde des quatre conjectures de Weil : l’analogue de l’hypothèse de Riemann pour les variétés algébriques sur corps fini. André Weil anticipait l’usage de la topologie algébrique ; Grothendieck développe la cohomologie l-adique, clé de la preuve de Deligne en 1974 (les trois autres conjectures datant des années 1960). Ce tour de force ouvre de nouvelles perspectives en cohomologie algébrique. Pour cela, Deligne reçoit la médaille Fields en 1974 – et aujourd’hui le Prix Abel, suprême distinction mathématique.

En webdiffusion depuis Oslo, Deligne exprime sa surprise : malgré ses nombreux trophées, il ne spéculait pas sur le suivant. « Le plus beau dans les mathématiques, c’est de faire des maths », confie-t-il à Gowers. « Les prix viennent en bonus. »
Gowers salue l’impact durable des travaux de Deligne sur 40 à 50 ans de mathématiques. Ses collègues admirent sa pensée fluide et son aisance face aux problèmes inédits.
La géométrice algébrique Hélène Esnault témoigne : « Nombre de géomètres algébriques ont médité des années sur les idées de Deligne, comme un livre de chevet mathématique. »
Le 21 mai, le roi Harald remettra le Prix Abel – 6 millions de couronnes norvégiennes (environ 800 000 euros) – à Deligne. Onzième édition pour ce prix honorant Niels Henrik Abel. (Kennislink)
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