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Origine de la pandémie de VIH : Kinshasa au cœur du Congo belge vers 1920

La propagation mondiale du VIH trouve son origine à Kinshasa, capitale de l'ancienne colonie belge du Congo.

Origine de la pandémie de VIH : Kinshasa au cœur du Congo belge vers 1920

L'origine de la pandémie de VIH se situe très probablement à Kinshasa, dans l'actuelle République démocratique du Congo (RDC), vers 1920.

Une équipe internationale pilotée par des chercheurs de la KU Leuven et de l'Université d'Oxford a reconstitué l'histoire génétique du groupe M du VIH-1, responsable de l'épidémie qui s'est étendue à travers l'Afrique puis au monde entier. Les analyses indiquent que l'ancêtre commun de ce groupe est apparu à Kinshasa autour de 1920. Le virus s'est ensuite propagé via la prostitution et les réseaux ferroviaires, entre autres. Des campagnes de vaccination à grande échelle menées par la Croix-Rouge belge entre les années 1920 et 1950 ont accéléré sa diffusion.

Le VIH a été transmis des primates aux humains au moins 13 fois en Afrique, souvent par contact avec du sang infecté lors de chasses. Cependant, seule la variante M du VIH-1 a provoqué une pandémie touchant 75 millions de personnes. « Le VIH n'est pas particulièrement transmissible comparé à d'autres virus », précise Philippe Lemey, de la KU Leuven. « Les raisons de sa propagation massive restaient spéculatives jusqu'ici. »

Lemey et ses collègues ont analysé les codes génétiques de diverses souches virales. « Le VIH responsable de la pandémie s'est d'abord établi à Kinshasa. Dès les années 1960, les infections ont triplé. Au-delà de la croissance démographique ou des différences génétiques, des facteurs sociaux ont joué un rôle clé », expliquent-ils.

Le vaste réseau de chemins de fer et de voies navigables congolais, partant de Kinshasa, a favorisé la dissémination. « Nos données génétiques montrent une propagation rapide à travers la RDC, comparable à l'Europe occidentale, atteignant Mbuji-Mayi, Lubumbashi et Kisangani dès la fin des années 1930 à 1950 », note le Dr Nuno Faria, de l'Université d'Oxford.

Les campagnes d'injections de la Croix-Rouge belge contre les IST chez les prostituées dans les années 1950 ont contribué à la transmission. « À l'époque, le sida était inconnu. Les aiguilles étaient nettoyées à l'eau, à l'alcool et à l'éther, mais sans autoclave, la contamination persistait malgré des milliers d'injections quotidiennes », souligne Philippe Lemey. L'indépendance du Congo a transformé la prostitution : passant de quelques clients réguliers à plusieurs par jour, favorisant la contagion à la population générale et l'exportation mondiale du virus.

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