Certaines œuvres d'art exploitent une forme subtile d'impossibilité physique, visible seulement à un regard attentif.
Les figures impossibles de M.C. Escher, avec leurs escaliers infinis qui semblent monter éternellement, en sont un exemple emblématique. Bien sûr, une telle ascension perpétuelle est physiquement impossible. Escher n'est pas le seul à explorer ces paradoxes : Roberto Schiavi, avec son dessin monumental Il compitino : les devoirs, presque dix mètres de large, en est une illustration magistrale.
Je suis tombé par hasard sur cette œuvre fin 2006, lors de l'exposition Spotlights à Hasselt. Treize ans plus tard, elle reste gravée en mémoire – comme des devoirs impossibles à rendre.
Exécutée sur papier brun avec des techniques traditionnelles (noir, sanguine, céruse), elle évoque un savoir-faire académique classique. Schiavi, ancien ingénieur électricien et artiste autodidacte, y déploie une précision remarquable.
À gauche, un tourne-disque vu de dessus, en taille réelle, dont le plateau est relié par une courroie à une série de huit pignons interconnectés par des chaînes. À droite, le dernier engrenage actionne un gouvernail en bois, manœuvré par une figure grandeur nature pointant du doigt la direction du mouvement.

Une vitesse est indiquée sur le gouvernail : 300 000 km/s – la vitesse de la lumière ! Clignant des yeux, on passe du réalisme à la science-fiction. Reculant, on remarque alors sur le tourne-disque : 0,52 m/s, correspondant aux 33 tours/min standard.
Avec ses « devoirs », Roberto Schiavi joue magistralement avec une impossibilité physique subtile.
Un simple tourne-disque ne saurait entraîner huit engrenages massifs en raison des frottements excessifs. Mais avec un moteur surpuissant et une source d'énergie colossale ? Le bord du gouvernail atteindrait-il la vitesse de la lumière ?
En mécanique classique, oui : aucune limite de vitesse n'existe. Mais la relativité restreinte d'Einstein impose une barrière universelle : la vitesse de la lumière (c ≈ 300 000 km/s). Accélérer une masse vers c requiert une énergie infinie, rendant cela impossible.
Le gouvernail pose un autre problème : sa rotation périphérique à c. Selon la relativité, une contraction de Lorentz affecte les objets en mouvement : raccourcissement dans la direction du déplacement, perpendiculaire inchangée. Pour un disque rotatif, la circonférence se contracte, mais pas le rayon – contredisant 2πR en géométrie euclidienne.
Ce dilemme, le « paradoxe d'Ehrenfest » (1909), questionne la rigidité des corps en relativité, intégrant la finitude de c. La relativité exige une métrique non euclidienne pour les rotations, conférant à cette œuvre une profondeur physique inoubliable.
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