Un barrage de 113 mètres de haut, situé au nord de Mossoul en Irak, est sur le point de céder. En cas de rupture, des vagues de 21 mètres pourraient engloutir la ville. Comment renforcer la sécurité des barrages ?

Le barrage de Mossoul, menacé de rupture
Construit sur un sol instable de gypse et de marne, ce barrage a subi une érosion progressive sous sa base. Les travaux de pompage de béton pour consolider les fondations ont été interrompus après l'occupation par l'État islamique en 2014. Selon les experts, une rupture imminente menace non seulement Mossoul, mais aussi Tikrit, Samarra et Bagdad en aval.
Dans le monde, 10 000 km³ d'eau sont stockés derrière des barrages, soit cinq fois le volume total des fleuves terrestres. Ils fournissent électricité verte, eau potable, irrigation et stockage de déchets. Cependant, les ingénieurs admettent que les ruptures, bien que rares, entraînent des catastrophes dévastatrices.
La pire eut lieu en 1975 avec le barrage de Banqiao en Chine. Conçu pour une crue millénale, il ne résista pas à une surélévation inattendue. Un mur d'eau de 11 km de large et 6 mètres de haut, se déplaçant à 50 km/h, détruisit 60 barrages secondaires, laissa 11 millions de sinistrés et causa environ 171 000 morts. La Chine occulta l'événement pendant 20 ans.
Faut-il détruire un barrage pour s'en débarrasser ?
Les barrages paraissent imposants, mais s'effondrent parfois comme un château de cartes, avec des impacts environnementaux majeurs. Les faire sauter est exclu : en 1938, les Chinois dynamitèrent la digue de Huayuankou sur le Fleuve Jaune pour stopper les Japonais. Résultat : 890 000 morts, trois fois les victimes d'Hiroshima et Nagasaki réunies, pour un délai d'un mois.
La démolition, une option impossible ?
"On ne peut pas démolir un grand barrage", explique l'expert De Roeck. Une surveillance constante s'impose : ajout de terre ou béton, construction d'un barrage de secours, injection de résine pour les ouvrages en terre. Le barrage Hoover, construit en 1935 sur le Colorado, symbolisait alors le progrès ; aujourd'hui, il faut cohabiter avec ces risques.
Les barrages valent-ils le coup ?
Ils produisent 20 % de l'électricité mondiale, plus de 50 % dans 60 pays comme la Norvège. Un barrage sur le Congo pourrait électrifier l'Afrique. Mais De Roeck tempère : "Préférez le nucléaire à un barrage, et le solaire/éolien aux deux." Les Trois-Gorges et Assouan ont déplacé des millions et ravagé des écosystèmes.
Les 10 pires ruptures de barrages (par nombre de morts)
1. 171 000 : Banqiao, Chine (1975)
2. 5 000 : Machhu-2, Inde (1979)
3. 2 209 : South Fork, États-Unis (1889)
4. 2 000 : Semporna, Indonésie (1967)
5. 2 000 : Vajont, Italie (1963)
6. 1 579 : Möhne, Allemagne (1943)
7. 1 500 : Kurenivka, Ukraine (1961)
8. 1 000 : Panshet, Inde (1961)
9. 1 000 : Tigra, Inde (1917)
10. 608 : Puentes, Espagne (1802)
Cet article est une version abrégée d'un texte paru dans le numéro de février d'Eos.
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