Il est possible de reconstruire la ville historique détruite de Palmyre à l'aide d'imprimantes 3D. Mais pouvons-nous – et voulons-nous – le faire ?

La destruction de l'ancienne cité de Palmyre incarne la souffrance du peuple syrien sous la coupe du groupe terroriste État islamique (EI). Ce site romain, l'un des plus grands centres culturels de l'Antiquité, témoignait de la tolérance et du multiculturalisme syrien – des valeurs que l'EI a cherché à éradiquer.
Avant la guerre civile syrienne de 2011, Palmyre attirait le plus grand nombre de touristes en Syrie. Protégée initialement par des barrages et des blocages d'accès, elle fut inscrite en 2013 sur la Liste rouge de l'UNESCO des patrimoines en péril.
Malgré ces mesures, l'EI occupa la ville dès mai 2015, pillant et détruisant monuments, édifices religieux et artefacts précieux. Le théâtre romain servit même de lieu d'exécutions, dont celle de l'archéologue syrien Khaled al-Asaad, assassiné après 50 ans de dévouement pour avoir refusé de révéler l'emplacement des trésors. Les images satellites confirment la dévastation quasi totale du site.
Fin mars 2016, l'armée syrienne reprit une partie de la ville. Des évaluations des dommages sont en cours, et l'attention se porte désormais sur sa reconstruction. Cela reste possible grâce aux Syriens qui, au péril de leur vie, ont évacué les artefacts du musée de Palmyre in extremis.

Pour préserver la mémoire de Palmyre, des artistes syriens ont créé des œuvres sur sa destruction, tandis que des réfugiés ont réalisé des maquettes miniatures précises, reproduisant jusqu'au nombre de piliers à partir de photos.
Des initiatives comme NewPalmyra et Palmyra 3D Model modélisent la ville en 3D via des logiciels et photos. L'Institut d'archéologie numérique d'Oxford, avec sa base de un million d'images, mobilise des bénévoles du Moyen-Orient. Outre les modèles virtuels, ils impriment des artefacts en grandeur nature avec une imprimante à ciment 3D, commençant par une voûte du Temple de Bel, bientôt exposée à Londres.
Jusqu'où aller avec la technologie ?
Les imprimantes 3D pourraient restaurer, voire rebâtir Palmyre, en gérant couleurs et matériaux variés. Des recherches visent à réutiliser la pierre d'origine. Ce n'est pas inédit : le centre historique de Varsovie, rasé durant la Seconde Guerre mondiale, fut reconstruit et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Cependant, de nombreux experts s'opposent à une reconstruction 3D, arguant que l'authenticité originelle est irrémédiablement perdue. Ils rejettent une "version Disney" de Palmyre. Priorité doit aller aux besoins humains : 370 000 Syriens tués, des millions de déplacés, 70 % de la ville voisine détruite.

Reconstruire effacerait-il une part d'histoire ? Un site commémoratif pour les victimes, comme Khaled al-Asaad, serait-il préférable ? Ces interrogations intègrent désormais le legs de Palmyre.
Palmyre inspirera le monde. Le choix final – reconstruire ou non – revient au peuple syrien, le plus légitimement concerné.
[]